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jeudi, 06 septembre 2007

Episode 6 : vieille chouette, j'aurai ta peau

Jusqu’ici, tout va bien : je me présente au bon endroit et à la bonne heure pour la bonne formation. Woaow, j’ai déjà commencé des journées de façon plus catastrophique que cela.

Du coin de l’œil, je regarde les autres participants. A ma droite : une grande fille blonde qui a défaut d'être bien habillée l'est avec beaucoup de recherche et parait plutôt se prendre au sérieux (ça licencie aussi chez Elle ?), à côté, un genre de prognathe quinqua fleurant bon l'ancien directeur commercial de Sony qui a consacré 40 ans de sa vie à ces chiens avant de se faire lamentablement éjecter par les bons soins de son collaborateur de Même-pas-trente-ans qu’il a formé et, encore à coté de lui, un type très agité qui a commencé par dépouiller tous les stands d’info sectorielles et est visiblement très stressé.
A ma gauche : mon voisin semble directement sorti le matin même de son agence de com’, plutôt canon et l’air sympa (en même temps, c’est pas dur d’être canon dans cette assemblée…), à côté de lui, un moustachu qui a dû bosser dans les services généraux, et une petite, certainement plus jeune que moi et que j'arrive pas à positionner.

En gentils chômeurs disciplinés et fayots, nous sortons nos petites affaires avec empressement, histoire de bien montrer que nous sommes tous hyper motivés et la formatrice arrive.
Enfin, formatrice, il faut le dire vite.
J’aurai plutôt qualifié cette chose de vieille chouette qui viendrait d’essuyer un violent orage, montée sur deux cannes. Si on la regarde avec plus d’attention on se rend compte, en fait, que non, elle a une vraie tête. Faut juste faire preuve d’un peu d’imagination : les deux énormes boules fixes, ce sont les yeux et, plus bas, là, l’immense cicatrice peinturlurée, ça doit être sa bouche, ou ce qui en tient lieu. D’ailleurs, elle vient d’émettre une phrase et les mots sortaient de cet incroyable gouffre à steak.
Ok tout va bien, nous ne sommes pas dans un film d’horreur à l’issue duquel nous serons tous dévorés pour faire baisser le taux de chômage en France. D’ailleurs, personne n’a hurlé ni sorti de tronçonneuse pour le moment, c’est forcément bon signe

C’est l’heure du tour du table où chacun va dire ce qu’il faisait dans la vie, depuis combien de temps il est au chom’du, ce qu’il a fait pendant tout ce temps, ect, ect, ect. A part le moustachu (mais c’était facile) j’ai tout faux pour tout le monde. Mince, je ne pourrais pas me recycler en physio. à l’entrée du Rex, c’est un monde qui s’écroule là…

Vient enfin le moment du premier exercice (celui sur les réussites, rappelez-vous) et la formatrice demande des volontaires. Le meilleur moyen de pas s’ennuyer mortellement pendant une formation, c’est encore d’y participer et tout juste comme j’allais me proposer héroïquement, mon voisin canon me devance.

Tout le monde l’écoute religieusement. C’est qu’il parle bien, ce brave homme et lorsqu’il finit son exposé par « vous avez des questions ? » je retiens de justesse « oui, c’est quoi ton numéro de téléphone ? » pressentant que ça ne ferait rire personne, et la vieille chouette moins que les autres.

Et puis le fait est que personne n’a vraiment de question, à part des petits détails sans importance. Galvanisée par cette entrée en matière plutôt brillante, je décide de ne plus hésiter, cette fois, et me dévoue à mon tour pour passer volontairement à la casserole. On est toujours plus indulgent avec les gens qui font preuve de courage, de toute façon.
Mon œil. Je vois bien, à la tête de la chouette que mon exposé ne convainc pas. Je fais semblant d’ignorer les haussements de sourcils rageurs de la chouette, son air condescendant et finis vaillamment mon exposé. Ouf. Pour faire bien, je demande si les gens ont des questions.

La chouette : « et c’est quoi un segment de marché ? »
Je reste perplexe quelques secondes et tâche de répondre avec calme et détachement :
- Et bien, c’est une partie d’un marché, un marché dans le marché, si vous voulez, représenté par des clients qui ont des modes de consommation et des besoin différents.
- Ah bien. Et les produits, là, que vous vendez, c’est quoi, exactement ?
- Eh bien je vendais des formations à destination des cadres en ressources humaines
- Mais… qui les achetait ?
Allez, c’est parti, va falloir maintenant que je lui explique ce qu'est le marketing direct.
- En fait notre client était l’entreprise, mais le consommateur final était un responsable RH, ou un DRH, ect…
- Quel était l’intérêt de l’entreprise d’acheter vos produits ?
- Ça permet à leurs salariés d’être plus performant dans leurs missions quotidiennes, ou de mettre à jour leur connaissance sur un thème.
- Donc vous vendiez des produits aux entreprises avec des mises à jour ?
Elle est complètement bouchée ou elle fait exprès de pas comprendre ?
- Non, on vendait des formations, nous étions prestataires de service
- Et c’est qui vos clients ?
- Nos consommateurs étaient toutes les fonctions RH de l’entreprise, avec des programmes dédiés pour chaque métier en fonction de ses besoins spécifiques. Par exemple, un responsable recrutement (et je souris en même temps, genre, le bon clin d’œil à ma recherche d’emploi tout ça, ça va détendre l’atmosphère un peu) qui a besoin de se former aux techniques de recrutement, nous lui proposions un programme de formation pour lui permettre d’être plus efficace.
Ça la laisse complètement froide.
- Et vous les cibliez comment ces clients ?
Ah d’accord. Elle ne connaît pas le mot segment, mais cibler, ça, elle sait. Après elle va faire croire que le market, elle n’y entrave que dalle. Je rêve.
- Nous leur envoyions nos programme directement et ensuite ils décidaient de s’inscrire ou pas.
- Mais que viennent faire les entreprises là-dedans ?
Non, je ne soupirerais pas. 
- La formation est financée par l’entreprise, qui sont soumises à l’obligation de dépenser un certain pourcentage de leur masse salariale à la formation, nos formations rentraient…
- Mais dans ce cas, vos clients, ce sont les entreprises, non ? me coupe-t-elle d’un air agacé.

Rhaaaaaa ! Pitié ! Aidez-moi ! Je vais pas non plus commencer à parler client et consommateur, ni aborder le thème délicat de prescripteur, sinon, on n’est pas sorti de l’auberge. Tout juste comme je cherchais une réponse qui soit claire sans être cinglante, miracle,  c’est mon voisin canon, qui décide de venir à ma rescousse :

- En fait ils vendent des produits à des entreprises, mais comme les produits s’adressent à des personnes en particulier dans l’entreprise, ils adressent leur publicité directement aux cibles visées.
- Mais, ce que je ne comprends pas, c’est l’intérêt qu’a l’entreprise d’acheter ces produits si ce n’est pas pour elle… reprend immédiatement la vieille mégère.

Si je compte bien, ça fait trois fois qu’elle me la pose cette question. Et si son but, c’est de me faire admettre que chez les gros rats, notre seule activité est de faire du pognon sur le dos des boites qui consacrent du budget à la formation, j’avais pas vraiment besoin d’elle pour en prendre conscience, hein, je suis déjà au courant depuis longtemps. Je n'ai pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, la petite garce ajoute immédiatement : 

- Je ne comprends vraiment rien à votre métier !
Je retiens un sourire ironique en même temps qu’un « je me doute, t’as pas l’air d’être une flèche, choupette, et à ce point, je serai toi, je demanderai à passer COTOREP, si c’est pas déjà le cas »
- Eh bien mon métier, c’est ce qui se passe aujourd’hui : une formation, sauf que normalement, c’est moi qui l’organise.

L’assemblée se marre et je me contente d’un très petit sourire innocent pendant que la dame me fusille du regard et décide qu’il est temps de donner la parole à un autre participant « parce qu’on ne va pas y passer toute la journée non plus » avant de conclure par un magistral : « bon, il faudra revoir ça, parce que c’est vraiment pas clair ». Je ne réponds pas que ça a été clair pour tous les recruteurs que j’ai rencontrés jusqu’ici et même pour la dame un peu bouchée de l’ANPE qui pensait pourtant que pour bosser dans la formation pro, il fallait avoir fait « une école de DRH » avant. Et puis surtout, je me dis encore moins, d’accord, je veux bien revoir tout ça, mais comment ? Parce que concrètement, tu m’as appris quoi ce matin ? A part me démonter gratos pour pas un rond ?

Le reste sera plus calme et je ne moufterai plus. La session se termine enfin et je n’ai même pas la satisfaction de pouvoir dire tout le bien que je pense de leur formation dans le questionnaire d’évaluation, puisqu’il évalue tout sauf la formation, juste en quoi l’APEC pourrait développer des services pour fidéliser leur vivier de chercheurs d’emploi (et donc développer leur business auprès des boites en temps que cabinet de recrutement). Je me casse, et contrairement à mes petits camarades, je ne dis pas merci en quittant la pièce. Même sur un ton ironique, ce serait trop.

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Commentaires

Rhââ la la... Pas drôle d'être embringué dans des formations prestées par des gens inintéressants, pas dynamiques et (surtout) pas pédagos ! Tout le contraire de moi (bein quoi, on a le droit de se lancer des fleurs), qui connait bien le milieu...

Mais ajoutons, puisque je connais l'envers du décor, qu'il n'est pas marrant non plus pour les (bons) formateurs intéressants, dynamiques et pédagos, de se coltiner des stagiaires symp-a-pathiques qui n'ont parfois rien à faire de ce que vous vous évertuez à raconter ! C'est un métier.

Ecrit par : N!KO | jeudi, 06 septembre 2007

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bin non, c'est pas très drôle, c'est sûr mais ce sont des choses qui arrivent, ce n'est pas parce que c'est l'APEC que ça immunise des mauvais formateurs...
non, ça, je me doute bien que c'est pas marrant non plus dans ce sens-là...

Ecrit par : Une blonde dans la ville | vendredi, 07 septembre 2007

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Ca fait quelques temps que je te lis et que je rigole beaucoup ! Aujourd'hui, je me suis permis de rajouter un lien sur mon blog vers le tien. Puis-je? (Si ça ne te convient pas, dis-le-moi et je l'enlève!) Bonne semaine!

Ecrit par : sarmentanne | dimanche, 09 septembre 2007

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Sarmentanne : merci et bienvenue. Si ça me convient, j'ai l'impression d'être une star et ça m'a fait frissonner de bonheur... ;)

Ecrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 10 septembre 2007

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toutes les ssii ont besoin de toi

Ecrit par : ssii | lundi, 10 septembre 2007

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tous les éditeurs ont besoin de toi, y'avait etxbarria, mais t'es plus pure

Ecrit par : la lisaille | lundi, 10 septembre 2007

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etxe

Ecrit par : la lisaille | lundi, 10 septembre 2007

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SSII : heuuu merci mais non merci
La lisaille : si seulement... par contre, une question me turlupine : qui est "etxbarria" ? merci d'avance de la réponse, je me coucherai moins bête ce soir (enfin peut-être)

Ecrit par : Une blonde dans la ville | mardi, 11 septembre 2007

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