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30.11.2007

Souriez, vous allez tous crever

L’autre jour, j’allais faire des courses. Bin oui, même les blondes mangent, c’est triste d’en être réduit à des choses si bassement terre à terre mais c’est, hélas, la vie.

Sur le chemin, je croise souvent des bus de la RATP. Je sais, cette info sur mon quotidien est terriblement croustillante mais sache, ami lecteur, que je ne te la livre pas pour rien. Si, si, tu vas comprendre. Scénaristiquement, c’est un peu le principe du préparation-paiment, si vous êtes sages et bouchés, je vous expliquerai un jour ce que c’est puisqu’il parait que c’est évident pour tout le monde même s’il a fallu qu’on me l’explique parce que justement je suis un peu bouchée (enfin blonde quoi) mais ne nous égarons pas.
Sur le flanc du bus devant lequel je passe, une affiche sobre mais percutante accroche mon regard :

« Dans ce bus, une personne sur trois sera atteinte d’un cancer »

Je reste tétanisée une seconde (et une seconde ça peut-être long)

Ouaaaaaaaaaah ! Dis donc, je viens d'échapper au pire. C'est pas que je le prends, ce bus, mais exceptionnellement, j'aurais justement pu en avoir envie ce jour-là, rien que pour me promener ou voir par où y passe tout ça, mais j'ai bien fait de lire d'abord les précautions d'usage comme sur les paquets de cigarettes. C'est drôlement sympa de la part de la RATP de m'avoir prévenue en tout cas. Grâce à eux, je vais échapper au cancer, j’en ai du bol.

Un matin, 8h20. Aucun lapin n'a tué de chasseur et je suis dans le métro. Comme toujours le MP3 vissé sur les oreilles, un bouquin dans les mains, je relève la tête au gré d’une rêvasserie (car oui, je rêvasse souvent, c’est l’un de mes défauts)
Une affichette se balance d’avant en arrière, rigolarde et fière de son coup :  

 « Dans cette rame de métro, une personne sur deux sera atteinte d’un cancer »

AAAAAAAAAAAAAAARRRRRGHH !!!!!!! Merde merde et remerde !!!! Ce coup-ci, je me suis faite avoir, j’ai vu la mise en garde trop tard !

Je regarde autour de moi. Suis-je la plus menacée ?
Bon, le gamin hagard, lui, c’est d’une overdose qu’il va claquer, c’est pas le bon candidat. La peroxydée avec tout le fond de teint qu’elle se colle sur la tête et sans parler des milliards de crèmes de beauté qu’elle doit s’étaler à la truelle, c’est pour sa gueule. Qui d’autre ?
Un vieux, qui doit déjà être atteint de légers problèmes de prostate. Le sait-il ? se fait-il soigner ? et d’ailleurs, quelqu’un qui est guérit du cancer, ça compte dans les personnes qui seront atteintes du cancer ou ça sort des stat ? Bon on va dire que ça compte pas.
Les deux jeunes cadrosse dynamiques, je mise davantage sur l’infarctus vu leur air épuisé à même pas trente ans, mais ça veut pas dire qu’avec tous les dej d’affaires, l’alcool et sans doute les clopes qu’ils s’envoient poru tenir le coup qu’ils ne cumuleront pas avec un bon vieux cancer. D’ailleurs, ça fait une deuxième question, par rapport à la stat’ est-ce qu’on peut cumuler l’infarctus avec le cancer ou cela fait-il sortir immédiatement de l’échantillon ? C’est pas grave, continuons l’inspection.
La mère de famille, c’est la maison de repos, je dirais. Le gamin braillard, il compte ou pas ? Techniquement, il ne devrait pas faire partie de notre échantillon encore que remarque, dans notre échantillon y’a aussi du très vieux, alors on devrait éliminer les vieux du comptage ?
Mais qui reste-t-il si on exclue les vieux et les enfants… Plus grand monde à part moi.
En fait, ça sert à rien que j’aille bosser, puisque je vais finir avec un cancer…

Je me demande pourquoi j’ai fait l’effort surhumain de me lever ce matin si c’est pour chopper un cancer avant même le premier café au boulot. En plus, c'est sûrement cancérigène le café.  

Je sais pas quel est le petit malin qui a pondu cette campagne de com. pour l’institut Curie en partenariat avec la RATP , mais l’aurait mieux fait de rester coucher (ou de faire grève, comme tout le monde)

26.11.2007

Episode 18 - séduire son futur mari grâce à business plan : outils et méthodes

Je sais, vous n’y comprenez plus rien à tous ces entretiens qui tombent du ciel, c’est pire qu’un saop, ça part dans tous les sens.

Alors je vous fais un topo rapide résumé des épisodes précédents :
1/ Miss salami me reçoit dans l’éventualité d’un maquage avec Walter Krewure
2/ Elle semble emballée puisqu’elle me rappelle le lendemain pour fixer un deuxième rencard avec les opérationnels cette fois.
3/ Dans le même temps je suis courtisée par une autre boite mais ça me semble un peu le bronx cette histoire puisqu’il n’y pas de fiche de poste  et puis c’est une boite moins connue et puis on n’a même pas encore causé du sujet qui fâche, genre le contrat prénuptial, genre mon salaire. Et moi, je bosse pas encore gratos, contrairement à ce que la maigreur de mes émoluments chez les gaziers pourraient faire croire.
4/ ma target number one reste donc Walter K. Belle boite, belles marques, me reste donc plus qu’à rencontrer ma futur équipe.

Rendez-vous est donc pris. A 18h la semaine suivante, je suis de retour chez Walter, entretien de 2 heures avec trois personnes, interminable, un vrai tribunal, tout ça pour réaliser en plus qu’on ne m’a pas donnée les bonnes infos sur la marque pour laquelle ils recrutent, du coup je n’ai pas regardé le catalogue concerné, du coup je passe pour une branque. Explicatif du poste et là, c’est le coup de foudre : un vrai job stratégique de repositionnement de gamme, c’est farpait pour moi.
Seul hic, ils ne semblent pas convaincus par mon manque de maîtrise parfaite des marchés sur lesquels je serai amenée à bosser (culture de l’édition, ça) alors que ça sert à rien de maîtriser le fond, mon boulot est marketing, je suis là pour poser les bonnes questions et donner l’impression que je saurais donner les bonnes réponses à mes futurs clients, genre répondre à leur besoin. Entre ça et l’impasse sur leur catalogue, je sors de l’entrevue frustrée, mais pas résignée.

En quelques jours, j’interroge mes anciens collègues des gros rats sur la même gamme pour avoir des infos concrètes marché/concurrence, regarde et analyse l’offre du leader du marché, analyse l’offre de Walter, interroge tous mes amis qui bossent dans la finance et le droit (et j’en ai un paquet, pour une fois que cesera utile...) ponds un mini business plan market avec quelques préconisations que j’envoie à Walter. Tant pis si je passe pour une fayote qui en fais trop, je sens bien que je dois rattraper des points, là.

Depuis ?  Miss Salami me rappelle pour un test écrit et mon business plan semble avoir fait de l’effet du côté des équipes opérationnelles puisqu’on me remercie vivement pour cette initiative intelligente même si, bien évidemment, cela ne me dispense pas du test.
J’en prends note, chéri. Je pense que je viens de marquer des points… héhéhé… Et ça tombe bien, parce que j’ai pas de nouvelles de Sergeï.

La suite au prochain épisode… puisque j'ai passé hier mon test écrit... Rappellera, rappellera pas...

19.11.2007

Irénée... mon chevalier servant galant gentleman qui a des trucs dans la poche

Ami lecteur,  (et j’ai une pensée particulièrement émue pour celle qui a eu le courage de lancer une opération de grande envergure pour me sauver du célibat : Miss 400clics, même si ça n’a pas marché après ton annonce, ton cri pour le blondothon a été entendu par les dieux du stade) j’ai fait une rencontre grâce à internet (non, je ne parle pas de toi, scooter-man, qui as veillé à ne pas rouler trop vite sur le périph histoire que je ne me retrouve pas avec ma jupe sur la tête ce qui n'aurait pas manqué d'affoler quelques automobilistes. Je pourrais parler de toi mais pas aujourd’hui et tu m’en seras reconnaissant à la fin de ce post)

Mais ne nous égarons pas. On m’a envoyé un mail délicieux. Clac. Comme ça tombé de nulle part. Internet est magique, sans rire. Allez, ami lecteur, je ne te fais pas attendre plus longtemps, voici le billet doux :

« salut, j'ai juste composé votre email au hasard juste pour voir si je vais tomber sur une fille clair, gentil et très romantique.je ne sait pas si celui que j'écrit est une fille ou pas au cas contraire excusez moi du dérangement.je me nomme Iréné je suis un jeune galant très respectuez ayant une situatuon stable,vivant au burkina.j'était au maroc pour une formation en tourisme et je suis présentement au pays et je poursuis les études.j'aimerais faire une rencontre sur internet avec une fille car je n'est pas la cance avec celle dont je rencontre visuellement.elles m'ont jamais aimés mais elle adore ce que j'ai en poche.si vous êtes une fille accepté mais dire car vous saurez que je suis un garçon geantleman.merci et pense vous lire bientot! j'aimerais une amitié d'abord et l'on vera le reste si tout le temps nous le permet.je suis a la patte d'oie. cordialement!!!!!! »

Pour vous, c’est différent, évidemment mais en ce qui me concerne, quand j’ai appuyé sur ctrl + v sur ma page word, en même temps que le court texte s’affichait, une nuée de soulignage rouge aussi. Une fois les quelques douleurs causées par ces lignes à l’amoureuse de la langue française que je suis (c’est mieux de prétendre ça quand on se gargarise d’écrire un roman, m’enfin, ce que j’en dis, hein) je me suis dit qu’il était temps de se livrer à une explication de texte, parce que toi aussi, ami lecteur, entre les fautes, les problèmes de traducteur automatiques (franchement, je vois pas d’autres explications) quand même, ce mail révèle quelques purs petits bijoux et je m’en voudrais que tu passes à côté.

« salut, j'ai juste composé votre email au hasard juste pour voir si je vais tomber sur une fille clair, gentil et très romantique. uneblondedanslaville@yahoo.fr ? T’as composé ça par hasard, comme tu aurais pu dire sauterelle, ou purée de marron ou pâté de foi ? Je sais, je suis d’un tempérament sceptique mais j’ai des doutes, quand même… Perso, si je tente une adresse du style bomecmuscleetbienmembre@yahoo.fr j’ai une petite idée de sur qui je vais tomber et accessoirement qu’il y a un grand risque pour que ça ne tombe sur rien, alors du coup, je vais sur meetic ou tout autre site de rencontre prévu pour combler la solitude des unes et des autres. Conseil d’ami. Ensuite, je voudrais pas dire mais un pseudo pareil ça fait bien plus chaudasse que gentil et très romantique, je pense qu’il est temps de revoir tes critères de sélection quand tu tapes des adresses au hasard (et tant qu’on y est grossechaude, blondebottée, blondeàalaferme, c’est pas mieux, tu as plus de potentiel avec purée de marron ou paté de foi, je pense)

je ne sait pas si celui que j'écrit est une fille ou pas au cas contraire excusez moi du dérangement. Bon j’hésite. Si je voulais faire du mauvaise esprit, je te demanderai si ta question fille ou pas, te concerne toi ou moi, c’est pas super clair en fait. Ne t’excuse pas, si tu veux en parler, pas de problème, Ça se discute projette sûrement de faire une émission sur comment j’ai changé de sexe, tout ça. Je te file le lien, si tu veux.

je me nomme Iréné tiens, pas de faute dans cette phrase, dingue….

je suis un jeune galant très respectuez ayant une situatuon stable, jeune galant ? jeune comment ? (nan parce que maintenant je me méfie) et puis on dit pas galant mais homme. Respectueux ? Mais tu connais rien aux filles, mon pauvre, on s’en fout de votre respect, parfois. Une situation stable ? Mouais, j’en connais d’autre ça fait pas d’eux des types attirants pour autant. (et puis une situation stable, ça veut pas dire riche à millions, et moi, sans une assurance vie et un gros compte en banque avec un bel appart dans paris et une maison de campagne en bretagne, je couche pas, c’est la règle)

vivant au burkina.j'était au maroc pour une formation en tourisme et je suis présentement au pays et je poursuis les études. Faudrait savoir choupette, tu as une situation stable ou tu fais un BTS tourisme ? nan parce qu’être étudiant, je sais pas pourquoi mais j’appelle pas ça stable. (et pis y'a le bon marché au Burkina ? Nan parce que c'est une question importante quand même)

j'aimerais faire une rencontre sur internet avec une fille car je n'est pas la cance avec celle dont je rencontre visuellement. Ha bin oui, je comprends c'est pas facile mais.... la "cance" n'a peut-être rien à voir là-dedans, tu y as pensé ? Alors je serais toi, je dis ça comme ça et loin de moi l'idée de vouloir commander tout ça, je changerais peut-être de chirugien esthétique (ou j'en prendrais un, c'est selon) puisqu'il y un problème visuel) ou bien, je sais pas moi, je me laverai les dents, je ne mettrais pas des jeans slims et pas des chaussettes blanches avec des chaussures de ville, ensuite, je veux bien te proposer un diagnostic personalisé de ce qu'il faut changer mais ça coûtera plus cher. 

elles m'ont jamais aimés … heuuu… peut-être qu’elle voulait juste être amies avec toi mais coucher de temps en temps quand même  ? Nan parce que j’ai eu la même problématique, si tu veux on en parle... (dis-toi qu'au moins, tu sais que tu es un bon coup, t'aime pas entendre ça non plus ? je croyais pourtant que flattait les mecs)

mais elle adore ce que j'ai en poche. Alors là, tu m’intrigues, très cher Iréné. Nan, sérieux. Qu’es-tu donc en poche qui soit un tel piège à fille ? Parce que j’en connais qui seraient vachement intéressé de savoir, ici bas… (après avoir imaginé toutes les images les plus graveleuses possibles pour tenter de comprendre cette allusion tout ce qu’il y a plus allusive, j’ai fini par capter qu’il parlait sans doute de sous. Comme quoi, je suis pas si vénale que ça)

si vous êtes une fille accepté mais dire car vous saurez que je suis un garçon geantleman. Bon là, ça se complique j’ai l’impression de me retrouver devant mes exercice d’anglais de 4ème quand il fallait prendre les mots mélangés pour les remettre dans le bon ordre afin d’en tirer une phrase qui signifie quelque chose. Déjà, c’est quoi une fille accepté ? Genre libéré ? Genre toléré dans sa communauté parce qu’elle bien ? Genre qui se laisse faire ? Je vais te dire, je crois que je suis aucune de ces filles (non, même pas libérée, je couche pas avant le mariage, c'est mal, c'est maman qui l'a dit) Mais dire quoi ? T'es peut-être un garçon gentleman mais je comprends rien à ce que tu me racontes, alors ça te sert pas à grand chose...

merci et pense vous lire bientot! C’est pas le tout de penser, choupette, y’en a plein qui pensent, ça veut pas dire que ça se conrétise.

j'aimerais une amitié d'abord et l'on vera le reste si tout le temps nous le permet. Ça tombe mal, moi, je cherche pas d’amis, ça sert à rien, je veux un mec pour coucher et j'ai pas de temps à perdre, justement. 

je suis a la patte d'oie.  heuuu, bin moi je suis à la maison. Mais merci de me prévenir, hein, ça me fait plaisir, nan, je t’assure.

cordialement!!!!!! » merci !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Une question se pose et elle est fondamentale (car elle concerne ma moralité et je suis une personne tout ce qu’il y de plus morale) : lui réponds-je rien que pour le plaisir de vous livrer en pâture son prochain mail ? Naaaaan, c’est trop moche, je peux pas, c’est pas bien de se moquer aux dépends des autres, je suis une vilaine fille et j’irais brûler en enfer si je fais une chose pareille. (maintenant, si vous me suppliez, techniquement, je pourrais prétexter la faiblesse auprès de saint-pierre)

15.11.2007

Episode 17 : Sergeï total psy

Voilà, j'ai été gentille, j'ai donné mes 4 couleurs préférées (en vrai, juste citées les seules dont je me souvenais, mais chuhuhuhut, hein, il le sait pas) et j'ai fini mes trois colonnes de 1 à 30 sans trompage, tout va bien. Je lui rends mes devouars et j'attends qu'on en vienne enfin au descriptif du poste. En général, ces tests idiots, on nous oblige à les faire, mais les consultants ne se donnent jamais la peine de les débriefer pour nous (et je trouve qu’il est temps que la CNIL fasse quelque chose pour réparer cette injustice). Et puis je veux connaître le nom de la boite, j'en peux plus de ce suspens insoutenable !!!! Il est temps d'y mettre un terme.

Une fois de plus, ça n’a pas l’air d’être son intention, là maintenant, tout de suite.
Non, à la place, il met les deux feuilles en vis à vis, semble se concentrer très fort, genre Ken le survivant avant de détruire le monde par la seule force de sa pensée et se lance d'un trait sans respirer :

« alors... vous êtes méthodique avez de très bonnes capacités analytiques vous êtes ambitieuse (ça c'est le rouge, j'en suis sûre !) » Il regarde l'arbre une seconde et reprend : « votre discours est ouvert et vous savez le conclure de façon ouverte et positive (ouaou, t'as vu tout ça dans un arbre, le crypto-communiste ? tes drôlement doué) vous savez vous baser sur votre expérience pour en tirer des leçons (oui, j'ai décidé d'arrêter de fricotter avec des DAF de chez Valéo mais ça m’a pas empêcher de comettre d'autres erreurs de parcours, hein) vous êtes organisée (bin t'as jamais dû voir mon bureau, toi) et vous vous plaisez dans des structures organisées (c'est pour ça que j'avais du mal chez les gros rats ?) mais si ce n'est pas organisé, vous proposez des solutions vous-même (tu veux dire que je suis capable d'initiative ? ouaouh, faudra que tu le dises à certains, on m’a reproché le contraire pas plus tard que la semaine dernière...) vous avez les pieds sur terre (c'est vrai, sauf quand je suis assise sur une chaise parce que là, ça touche jamais), vous avez le sens des chiffres (t'as pas dû souvent voir mes reportings, toi, je te conseille d'en causer à mon ancien boss, il en aurait des trucs à dire sur mon sens des chiffres) vous êtes ambitieuse (tu l'as déjà dit, Sergeï, calme-toi reprends ta respiration, tu es tout bleu, là) vous n'êtes pas au travail pour vous faire des amis (nan, c’est vrai, juste pour coucher mais personne veut jamais) mais vous aimez travailler dans une ambiance conviviale (parce que t'en connais beaucoup des gens qui aiment bosser dans une sale ambiance pourrie ?) vous savez dire quand vous n'êtes pas d'accord (tu veux dire que je sais dire le mot interdit en trois lettres comprenant deux n et un o ? ouaahhh) et vous l'argumentez toujours (des fois, aussi, je dis non, juste pour me rappeler la sonorité du mot, sinon, je risque de l'oublier complètement), vous n'aimez pas qu'on vous dise non ou qu'on vous impose des décisions sans les expliquer et les argumenter (en même temps, que j’aime ou pas, en général, ça n’a jamais changé grand-chose) pour autant, vous n'êtes pas réfractaire à la hiérarchie, au contraire (ha... je crois qu'à nouveau mon ancien boss aurait peut-être un autre point de vue sur la question, mais c'est toi qui voies, mon gars, j'ai pas envie de te contredire, pour une fois) vous êtes rigoureuse, vous aimez le travail soigné, vous êtes créative et inventive, vous êtes synthétique et analytique, vous…

Allez, j’arrête là parce que toute cette avalanche ça va finir par faire des jaloux mais ça a duré 5 bonnes minutes de pleine brouette de compliments, plus que j'en entendrais jamais dans toute ma vie, débités à toute allure.
Et là, quand même, j’ai trouvé qu’une question de fond se posait : comment est-il possible que personne n'ai vu toutes ces géniales qualités (quant à les reconnaître ou les récompenser, j'en parle même pas) depuis 29 ans et que ce soir, tout à coup, grâce simplement à un arbre mal dessiné, trois colonnes de chiffres péniblement griffonnées et 4 couleurs manquant cruellement d'originalité, ce brave Sergeï amateur de vodka à n'en point douter voit tout cela ?
Mystère et boule d'alcool de bois.

Vous vous en foutez, me direz-vous, et vous auriez bien raison, moi aussi, un peu. Parce que la vraie question que je me posais, c’était : bon, ça suffit ton suspens à deux balles, tu vas me le donner le nom de la boite ou il faut que je te viole pour que tu craches ta valda ? (et si je pouvais m'en passer ça m'arrangerait, pour tout dire)

J’avais pensé à pas mal de choses, mes anciens concurrents, même Walter Krewure. Non, rien de tout cela. Arrrrrzo, c'est oune pétité éditttoreu hhhhallémandeu. Dont je ne citerai pas le nom par respect pour eux (et puis que peut-être, qui sait…) et pour y faire quoi, me demanderez-vous ? Je vous le donne en mille :

De l'édition.
Hé ho, le trapéziste du cirque bolchoï, tu m'as écoutée tout à l'heure ? Tu sais que ce que je faisais avant c'était de la FORMAtion ? Oui, je sais, ça finit pareil, mais c'est pas tout à fait la même chose, en vrai, quoi qu'on en dise chez les gros rats d'affaires.

Il m'a dit que je convenais parfaitement pour bosser là-bas (ça, c'est ma structure mentale très germanique : bien / pas bien, rien au milieu), mais que les postes n'étaient pas encore figés. Parce qu’il y avait une réorganisation en cours, sa mise en place programmée pour décembre.
Ah bin il serait peut-être temps de se bouger les fesses, les amis ! Allez, allez, ça suffit, on arrête de s'empiffrer de strudel au pommes accompagné de choucroute en regardant Derrick et on se met au boulot !!!!
Et puis c’est bien, les réorg, je connais, je pourrais donner mon retour d’expérience sur la gestion des cloisons mobiles et du choix des ouvriers, tout ça.
Allez, la suite au prochain numéro...

14.11.2007

Episode 16 : dessine-moi un mouton

Rappel de l'épisode précédent : Je me suis rendue à un entretien en traînant des pieds et en plus l'odieux rustre d'extraction Lettonnienne ou un truc du genre qui me reçoit à le culot d'être à la bourre. Comme je suis sympa, je ne me casse pas au bout de 10 minutes d’attente insupportable, la curiosité l’emporte sur le reste, je veux savoir quelle boite mystérieuse veut me proposer un poste tout aussi mystérieux.
Le consultant moldave me fait d’abord parler de mon expérience pro ou ce qui en tient lieu puis de ma vision du business (pas mieux)
Et, alors qu’il m’agitait sous le nez la fin du secret insoutenable sur le poste et la boite, il me dit :

- ...Mais avant, on va jouer un peu.
Youpiiii !!! on joue à saute-tchetechène ? Ou Staline et Lénine sont dans un bateau, d'abord ?
- Dessinez-moi un arbre.

Eh merde !
C'est le grand classique des années 70 ce truc idiot de recruteur has been. M'étonne pas que tu l'utilises encore, l'attardé, tiens !
Qu'est-ce qu'il faut répondre, déjà, pour avoir juste ? Nan parce qu'habituellement (mais j'avoue ça date alors c'était peut-être justifié) avec ce test j'étais immature, ancrée dans le passée et psychorigide et, je peux me tromper, mais je suis pas sûre que ce soit la meilleure image à donner pour un entretien de chef de produit, même sur la formation, même pour un biélorusse mal dégrossi. A la limite, si je devais être comptable pourquoi pas, mais je crois pas que ce soit ce pour quoi je suis là, en vrai.
Bon, voilà, je dessine mon arbre sans réfléchir, me souvenant juste que, même si on précise arbre frutier (et à plus forte raison si on ne le précise pas) il ne faut pas rajouter de cerises ou de pommes dedans. De la même manière, il ne faut surtout pas dessiner de racine. (ouf, on a eu chaud) La psychologie professionnelle se passe du sens de l'observation de notre monde concret, c'est dur à entendre, mais c'est une réalité, faut croire.
Je lui rends donc mon dessin, contente de m'en être sortie à si bon compte et il note que je suis gauchère « bin oui, chéri, c'est la seule chose qui me rende redoutable au tennis quand je rate pas la balle à cause de mon astigmatie. Allez, active, c'est pas tout ça, mais si je suis ici, c'est juste pour mettre fin à un gros suspens et là, tout ce que je suis en train de faire, c'est louper Newport Beach sur TF6, alors ce serait bien qu'on passe à la vitesse à la vitesse supérieure, coco »
 
- Maintenant, vous allez me faire trois colonnes de chiffres allant de un à trente.

Heiiiiin ? De quoi ? Combien de colonnes ? Non, non, noooon !
Il va voir que je sais pas compter et du genre à me rendre compte trop tard que j'ai plus la place de finir, genre désorganisée, genre ça craint.
Bon, commençons par le plus facile, je fais trois colonnes et même que, fulgurance inouïe, j’anticipe sur comment faire en sorte que les trois colonnes soient de tailles équivalente. Je suis trop forte.
Oui mais après ? Réfléchissons... Comment organiser le mieux possible cette histoire ? Parce que j'ai échappé de justesse à l'immaturité tout à l'heure, mais l'incapacité à prévoir, pas responsable la fille, cette fois, je vais y avoir droit... comment faire pour pas me retrouver à 20 en bas de la première colonne ? Idée de génie, je fais des marques à chaque tiers de colonne pour mieux estimer l'espace à dispo. Pendant que je m'applique à compter avec attention 1, 2, 3 heuuu, non pas soleil... 4, 5... le bougre me demande quelle est ma couleur préférée, histoire de me faire tromper.
- Le bleu réponds-je sans hésitation. Ouf, elle était facile celle-là. Je sais pas ce que ça signifie, mais au moins c'est sincère.
- La deuxième ?
Ho ! tu me gonfles, l'arriérés communiste. Laisse moi compter, 7, 8, 9....
- Le rouge, dis-je, supposant vaguement que ça doit signifier la passion et préférant pas savoir ce que ça peut sous-entendre professionnellement. 11, 12, 13...
- La troisième ?
 Rhaaaa, arrêteu ! 14, 15, 16 j'en sais rien, moi, merde ! Je m'habille en noir et blanc tout le temps, je vais pas dire le noir, sinon on va me prendre pour une sataniste au mieux ou quelqu’un de négatif au pire. 17, 18, 19, 20... voyons voir... 21, 22, 23... Alors que je suis pas négative en vrai j'ai juste conscience des réalités de la vie et des humains... 24, 25
- Le jaune ! (Parfait, ça, comme les cocu, ça me va super, merci J-man, tu m’auras servi à quelque chose finalement)
- Et la quatrième ?
  ??? T'as l'intention de me faire réciter tout l'arc en ciel, comme ça ? 26, 27, 28, nan parce que je vais vite sécher, je te le dis... 29, 30 ouf, une colonne de faite ! on recommence !
1, 2, 3 (soleil) 4, 5, 6...(J'hésite)... et si je répondais rose avec un sourire de greluche, rien que pour voir comment ça rebondit en face ? 7, 8, 9 (poil aux ?)... mmm, non, le bolchévique ne saura sûrement pas apprécier ma plaisanterie à sa juste valeur ... 10, 11, 12...(c'est une bouse... Bon je sais c'est pas terrible, mais j'ai pas trouvé mieux comme rime)
 

- Le vert ! (Très bien ça le vert, signe d'espoir, parfait.)

La suite dans quelques instants....

13.11.2007

Episode 15 : de l'alcool au RH, c'est bô une reconversion

Allez, il est temps que je vous parle enfin de ma merveilleuse rencontre avec Sergeï…

Jour J. je suis super claquée, vraiment pas motivée pour me traîner sur les champs dans un nouveau cabinet impersonnel. Encore et toujours la même rengaine, je peux prévoir à l'avance les questions qu'on va me poser, les réponses que je vais faire, j'en ai marre de me répéter tout le temps, plus ça va et plus je suis obligée d'y mettre de l'enthousiasme bidonné et c'est pénible : j'ai l'impression d'être un acteur en pleine promo pour son nouveau film, la célébrité et le glamour des plateaux télé en moins.
Pour couronner le tout, non seulement j'ai pas de cerveau (note pour plus tard : ne plus se beurrer la veille des entretiens de recrutement), une motivation pour vendre mes talents proche du zéro absolu mais en plus ils sont en retard ce qui a le don de m'exaspérer.
C'est pas grave, je me plonge dans Biiiiiiiiiip (je vais pas encore citer des marques) avec un air boudeur et prends mon mal en patience. Et pis après tout, on avait dit que c’était juste pour le fun puisque y'a déjà des mangeurs de gouda qui me courent après. Si, si, si.
Au bout d'un quart d'heure, un gros mafioso russe ou roumain (je sais pas encore et je me demande même s'il n'a pas aussi un tiers de sang polak...) vient me chercher avec un accent moldave très prononcé.
Ouuuh ! Haut les coeurs ! On va bien se marrer, c'est la fête !
Et le buveur de vodka de s'excuser de son retard.
Bien ! Tu viens de gagner deux point sur les trente que tu as perdu tout à l'heure...
mais reperds 150 en essayant de se justifier :  « j'ai envoyé des mails »
Ha bin oui, gros lourdaud, t'as raison ! Moi aussi, j'avais des mails à envoyer aux copains c't'ap, mais à la place, j'ai quand même préféré faire mon travail, parce que c'est pour ça qu'on me paye, en vrai, même si c'est avec un lance pierre. Tu saisis où faut que je te donne un exemple chiffré en rouble avec des verres de vodka pour t'aider ?

Bon, j'avoue, comme on n’est pas encore intime, je me contente plutôt d'adresser un sourire idiot tout en hochant la tête d'un air entendu au serbo-croate. On sait jamais. Il a peut-être des grands frères et des cousins et serait bien foutu de piquer mon passeport avant de me coller sur les grands boulevards. C'est peut-être même pour cela que jusqu'à maintenant, le nom de la boite pour laquelle il recrute est resté secret et le profil du poste tout aussi vague.
S'en suit un silence pesant pendant lequel il a tâché de me dérider en expliquant que le second semestre c'est toujours le bordel. J'évite de répliquer : « à qui le dis-tu, mon pauvre Sergeï les boites se sont données le mot pour toutes chercher à me faire passer des entretiens en même temps, j'en peux p'u vivement que je retrouve la sérénité du chom'du, je te le dis. C'est pas tout ça mais c'est que j'ai un roman à corriger parce que la fin est pourrie, deux autres sur le feu et une place à prendre en tant que chroniqueuse star chez Playboy à défaut de FHM vu qu'y z'ont ré-embauchée Clara morgane pour donner un air plus féminin à leur ligne éditoriale (no coment) peut-être que Playboy en réponse m'embauchera pour donner une ligne moins vulgaire à son torchon... comme tu vois : j'ai du taf »

Ouf, ça y est ! On arrive au bon étage et le tchétchène m'installe dans un sale bureau tout vilain en aveugle alors que l'immeuble était méga classe à deux pas des champs... Finalement, le trafique d'alcool de bois depuis que la prohibition est levée en Russie, ça rapporte plus autant qu'avant, faut croire. Ça part aussi bien qu'un rancard arrangé avec un beauf qui s'y croit.
Là, il regarde mon CV attentivement puis, il commence à lire péniblement :

« Haaaalaurrr'… Jouuuuuliiiii euuuuu  DOUUUUUUUBOOOOOOOOOSSSSSEU...
(heuu… oui, oui, si j'ai bien compris, c'est moi, même si des fois j'aimerai mieux que non)
- Vous êtes née le *** à ***
(et allez ! Je vais encore avoir droit à l'entretien pour future belle fille, quelle chiasse)
- Célibataire-mariée-en-concubinage ?
Stupéfaite quelques secondes, je le regarde les yeux ronds. Ah ouais ! Tout de suite, toi, on voit que t'es un homme. Pas de badinage idiot sur la profession de mes parents pour lancer la conversation : droit au but ! Pas de problème, ça me va aussi :
- Heuuu, non. Pas tout ça à la fois : célibataire, ça me suffit.
Il a souri.
Noooon ! Ce type connaît la subtilité du second degré ? Bravo ! Aller, c'est bien, détends-toi Sergei, bon chien. Et n'oublie pas d'enlever ton doigt de la kalachnikov, ce sera encore mieux, tu veux bien ?

Là, il retrace mon parcours scolaire puis me demande de parler de mon expérience professionnelle.
Petit blabla habituel : quand j'étais chef de produit je montais des prog de formation à la chaîne, c'était bien et quand j'étais chef de marché, je faisais des reporting et des relookages extrêmes sur mes produits avec des nouvelles théories fumeuses à la ouane againe sur la cible sa vie son oeuvre.

Le midi on allait déjeuner à la cantine tous ensemble et on déménageait les bureaux souvent, on disait faut faire du chiffre alors on augmentait les tarifs, en septembre on faisait des budget le vendredi encore saouls de la veille, en janvier on disait c'est l'année de la marge et en mars on disait c'est l'année du chiffre d'affaires, bref, on rigolait bien chez les gros rats.
Ensuite on cause de la structure des gros rats, comment ça fonctionne... Je lui réponds, pensant à part pour moi « enfin si on part du principe que ça fonctionne, hein, Sergeï, mais ça c'est un autre problème ».
Puis, après cette courte interrogation intérieure aussi soudaine que pénible, il me pose une ultime question piège :
- eeet, sinoooon, il y a combien de marchés chez Les gros rats ?
- bin écoute, le bas du front, ça va être difficile de te répondre parce que, non content de changer de nom régulièrement pour échapper au fisc, mais tu dois connaître ça avec ton business de filles de joie, en plus, on se faisait restructurer tous les six mois. Et puis, là, ce serait encore plus téméraire de te donner un chiffre, même approximatif, parce qu'il y a une pénultième réorg qui va être annoncée demain qui risque encore de tout changer. Ou rien d'ailleurs, c'est selon le budget qu'on avait pour les consultants payés à dire des conneries sur des slides tout pourris.

D’accord, j’admets, à la place, je balance plutôt une idée reçue très prudente avec un air convaincu parfaitement bien imité et, une banalité en entraînant une autre, on en vient à causer business.

Comment je relooke, comment je fais ma veille marché, comment je sens la cible et le marché : fait-il caca mou ou dur en ce moment ? Aime-t-il sa nounou (ie les actionnaires en floride) se sent-il prêt à grandir (ie est-il mature ou en pleine expansion ?) est-ce qu'il se prendra des jets de pierres à l'école (ie est-il crédible face à ses pairs et donc a-t-il besoin de formation plutôt dur le fond ou sur le métier ou les deux ?)... j'en passe et des meilleures...

Après une bonne dizaines de minutes de discussion où j'ai fait la fille qui maîtrise son marché alors que ça fait six mois qu'elle ne fait plus partie du système, il me dit :
- bon, je vais vous présenter le poste...
haaaaaaa ! Quand même !!!!! Il était temps, je piaffe d'impatience depuis une semaine, moi ! En plus je déteste parler de moi, de mon job et de mes ambitions ou de mes plans de carrière sans savoir ce sur quoi je suis en train de postuler : on a le sens marketing ou pas.
- ...mais avant, on va jouer un peu.
- ...
 

COUPURE PUB.

La suite dans quelques instants. hahahaha !

10.11.2007

Episode 14 : même pas mariée et déjà un amant, je suis la reine des abeilles !

Ce que je ne vous ai pas dit la dernière fois, les amis, c'est que tandis que Miss Salami me rappelait pour un deuxième round chez Walter Krewures, j’ai eu un autre coup de fil intéressant (je sais je suis une odieuse cachottière)  : un cabinet de recrutement.
Ça change, c'est bien.

Qui me propose un poste de chargé de projet formation.
Ouh, bin ça faisait longtemps, ça, dis donc. Ça ne recrute donc plus au rayon charcuterie de l’Intermarché en bas de chez moi ?


Comme vous vous en doutez, je n’ai pas eu l’honnêteté la mauvaise idée de préciser que j’en étais déjà par ailleurs au deuxième rancard avec un certain Walter K. en vue d’un futur mariage.
Après tout mon fiancé potentiel ne voudra peut-être pas de moi finalement, parce que bon, tu vois, on s’entend bien mais je pense qu’on est davantage fait pour être ami, alors on ne va pas aller plus loin, c’est mieux. Comment ça je fais des références l’EX ? Nooooon, pas du tout. C'est pas du tout pareil, l’Ex il m’a fait le coup du oui puis non trois fois en deux ans, on n'en est pas encore là avec Walter, même si j'anticipe (oké, je le sais, inutile de me le dire : c'est bien beau de faire la fille qui anticipe quand elle a été assez conne pour se faire enfler trois fois, mais l’amour rend con, et déjà qu’à la base une blonde, c’est pas gâté coté neurones…) Mais ne nous égarons pas. Tout ce que je voulais dire c'est que dans le contexte actuel, une petite aventure ne me fera pas de mal entre temps, ça me détendra, histoire que je sois vraiment en forme pour mon futur promis (un jour, je causerai de la technique du fake date) et notre deuxième rendez-vous romantique (puisque le troisième, c’est celui où on passe à la casserole, autant lui en donner envie dès le deuxième, non ?)

Revenons à notre aventure extra-pré-conjugale un peu
exotique. Parce qu'elle l'est. Car tout ce que j'ai le droit de savoir à propos de mon prochain futur amant c'est qu'il est :
1/ Un groupe étranger... : aaah, non, alors ! Pas encore des bataves, y'en a marre maintenant !
2/ Spécialiste de l'édition professionnelle : mouais, j'en connais d'autres qui prétendent ça
3/ Qui veut développer sa division formation : qui ne le veut pas ? A part les Gros Rats d’Affaires qui s'acharnent à planter la leur depuis 4 ans
4/ et... un concurrent des Gros Rats ... haaaa ? Ça se précise.
En même temps, y'en a qu'un et je viens de passer un entretien chez eux, alors là, je suis un peu perplexe... on m'aurait menti ? Il y a un autre requin dans l'aquarium ? Et je ne le savais pas ?

Je sais pas ce qui se passe en ce moment mais les entretiens s’enchaînent. Pourtant, j’ai rien fait de différent par rapport à d’habitude, comprends pas. N'allez pas me traiter d'ingrate, je vais pas me plaindre. Je me contente juste de noter cette évidence : en amour comme en affaires, il suffit d’être courtisée par un, et la terre entière vous veut.

07.11.2007

Episode 13 : voir Rueil et mourir - Part II

Après ce premier interrogatoire en règle, j'étais déjà épuisée et Miss Salami ne passait qu'au sujet qui fâchait vraiment : les gros rats d’affaires.

 

- Mes résultats ? Super bons, y’a pas à dire. Surtout la première année quand j’ai récolté les fruits de mon prédécesseur et une fois que je suis partie. Entre les deux, ça a été une autre histoire et on a fini par m’appeler Attila car là où je passe, les marchés trépassent. Et puis tu serais gentille de pas insister sur la question parce que Walter a lancé ces années là des gammes complètes de produits sur MES marchés, en cassant les prix et avec une marque hyper forte et implantée chez MES clients, alors forcément, je me suis un peu faite ratisser.  

- Mes missions ? Eviter de tomber dans les poubelles ou de casser des tables, inventer des nouveaux thèmes bidons, faire, refaire et re-re-faire mon reporting chiffrés… Me creuser les méninges pour trouver un truc à dire dans mon reporting d’activité. Pour résumer.

- Mon départ ? C’était bien, on a bu du champagne. Licenciequoi ? Allons, allons, pas de gros mots, je vous prie.

- Mes qualités ? Y’en a trop, arrête tout de suite, tu vas te faire du mal pour rien.

- Est-ce que je suis du genre à respecter les délais ? Mais oui, parfaitement, bien sûr, toujours. Demande à n’importe qui : mes chefs successifs, les 4 chargés de marketing que j’ai épuisés au cours de mon mandat et même ceux qui n’ont jamais bossé avec moi, les imprimeurs, tout le service PAO… y’en a pas un qui aura oublié.

- Est-ce que je m'entendais bien avec les avocats ? Bin non, ils arrêtaient pas de m’envoyer des fleurs, des bouteilles de vin et de m’inviter à dej, c’était ultra pénible. (et puis les avocats, c'est bon, surtout avec des crevettes)

- Comment je me faisais respecter d'eux ? bin en couchant, pardi.

- Des difficultés rencontrées avec les clients ? Jamais, quelle idée, on était tous super potes et j’ai jamais insulté qui que ce soit après un coup de fil.

- Quel est mon plus gros défaut ? Je suis mauvaise perdante (toujours mieux que complètement désorganisée) 

- Comment je le canalise : ben j’envoie le monopoly à la tronche de celui qui vient de me ratisser, en général. Ça évite à la situation de s’envenimer davantage et que j’en vienne à le traiter de sale tricheur.

Et pour le poste :

- En quoi je peux faire la différence ? Je suis follement drôle et, au pays des Krewures, ça peut pas faire de mal. Crispin dira pas le contraire. (Crispin, si tu m'entends...) 

- Qu'est ce que je peux apporter à l'entreprise ? … heuuu… Mon sens de la mode ?

- Quels sont mes savoir-faire utiles pour eux ? Je suis super forte en cake.

- Qu'est ce qui me plait dans les missions ? J'ai toujours adoré monter à la chaîne des prog de formation auxquels je pane rien et en fisca, marché public et agroalimentaire, y'a du potentiel. 

- Qu'est ce que je recherche dans une boite ? Hum. Des valeurs humanistes ? J’ai juste ? Bon d’accord, en vrai je veux des actionnaires qui font de la cellulite en Floride en gueulant "double digit" toutes les cinq minutes (Crispin, once again, si tu m'entends...)

- Et dans une équipe ? Des pétasses pénibles, des gens lourdauds à deux neurones, des nanas qui parlent de péridurales à longueur de temps, des colliers de barbe. (toute ressemblance avec des pourvoyeurs de gaz serait purement fortuite)

- Où je me vois dans quatre ou cinq ans ? ouuuh ! la question qui tue. Avec une cirrhose ? En train de courir entre Elle et FHM ? Les doigts pied en éventail à Bali ? Finissant mon 3ème roman ? Lançant mon premier magazine ? Le choix est vaste et j'ai pas encore décidé.

- Et dans un an ? Sourire ravageur : en train de commencer à vraiment me sentir à l'aise dans mon nouveau poste. T’as compris l’allusion, poupée, ou faut que je te fasse un dessin ?

Le lendemain, on m'a rappelée pour un deuxième round. Sera-t-il suivi d'autres ? Sais pas encore et je ne m'en fais pas trop, c'est seulement au dernier qu’ils décident de me jeter, de toute façon, je sais comment ça marche maintenant.

06.11.2007

Episode 13 : voir Rueil et mourir - Part I

Rappelez-vous, une recruteuse m'avait appelée pour passer un entretien d'embauche chez Walter Krewure, c'est ici.
Le jour tant attendu de la grande rencontre arrive enfin et 
ça part bien : Rueil c'est moche.
Ça sent la zone à grosses multinationales. Quand le RER approche de la station on voit passez : Unilever, Cortal, Brasseries Heineken, Astra Zenecka, Dell…

Une fois dans la rue des krewures, par contre, ça calme, on s’en prend plein les mirettes : gros building tout neuf, "Walter Krewure" en énorme sur les poteaux et encore une fois devant la colossale porte tambour. Ils auraient pu rajouter  maîtres du monde en dessous, ça n'aurait pas dépareillé. Je sais pas à quoi ressemble le siège des gros rats d'affaires mais notre immeuble à nous, ça faisait limite tiers monde à côte… On aurait presque du mal à imaginer que les Krewures sont les challengers.

Grand hall très design, déco et mobilier blanc, lignes épurées. A l'accueil deux mangeuses de gouda : Inge et Inga (j'admets, Inge c'est certain, Inga, j'invente)

Je m'annonce, bafouille sur le nom de la personne que je suis sensée rencontrer (faut dire que c'est pas loin de Salami, son nom, et à force de me répéter de ne pas dire Salami une fois à l'accueil, évidemment...) on me demande d'aller patienter dans l'un des fauteuils en cuir blanc.
Je suis un peu en avance et Miss Salami un peu en retard, ça me laisse donc tout le loisir d'observer les gens qui sortent de leur journée de travail. Alors, ça ressemble à quoi un krewure-man ? Mince, ça commence par un défilé de nénettes... mais pas trop de pétasses hautaines, c’est bien, je serai la seule sur mon DAS, je n'aime pas la concurrence, elle finit toujours par me ratisser (bon, ok, sauf quand elle m'appelle pour un job)
Aaaah enfin des mecs... Moyenne d'âge plutôt 30 passé, mais il y a plus vieux et, semble-t-il, plus jeune aussi, ça me va : j'aime les panels larges qui me laissent le choix.
Bonne proportion homme femme (ie plus de mâles, très bien). Pas de super canons, je note, mais deux trois types bien de leur personne. Parfait.

Et puis, enfin, une petite bonne femme vient me chercher : miss Salami, en piste !
L'entretien en lui même ? Ça commence soft : on parle du poste. Quand je demande la marque sur laquelle je serais amenée à travailler, on me répond : Walter Krewure. J'ai pas relevé, c'était pas le moment de jouer les filles ironiques, mais je la connais pas, moi, cette marque. En dehors des salles de marché et du pays du shit au gouda, elle existe vraiment ? Pour les formations ? Et ils ont des clients ? Ouaaah...

Ils présentent leur groupe, comme si on était pas du tout concurrent, comme si les deux géants du secteur ne se haïssaient pas viscéralement, comme si je venais pas du camps adverse et que Gros Rat n'avait jamais cherché à faire une opa sauvage sur Krewure fut un temps avant qu'il ne se mette en ménage in extremis avec Walter tandis que d'Affaires avalait Gros Rat (un anglais tout bouilli, beuuurk, mais entre deux morceaux de gouda et trois latte de shit, ça a dû faire passer). Bizarre. Vient l’épreuve habituelle du parcours et ce qu’on doit en dire. C’est pénible de toujours devoir se répéter, me dis-je. Sauf que là, c’est plus poussé que d’habitude :

- Qu'est ce que j'ai retenu de mon stage à Dublin ? Bin mince, ça date cocotte, presque dix ans... Et déjà que ma soirée de la veille j'ai parfois du mal à m'en souvenir... Heuu, disons juste juste que c'était cool d'être à Dublin, qu’on y boit beaucoup de bières, qu’il ne faut jamais demander du coca avec son oui-skey, que j'y ai découvert les joies des mails qu'on s'envoie au lieu de bosser, que les longues journées avec rien à faire m'ont permis de taper le mot "fin" pour la première fois sur mon roman, le reste, après...

- Comment j'ai obtenu ce stage ? bin quand tu choppes un stage dans un consulat, choupette, c'est souvent par piston, tu voudrais que je fasse semblant ou que j'admette que j'avais des relations bien placées ?

- Et pourquoi j'ai choisi l'ESC moutarde ? Pour le journal de l'école dans lequel je voulais écrire des âneries et le concours express grandes écoles. Pour quoi d'autre voudrais-tu que j'y sois allée ? Parce que c'était la moins mauvaise des écoles de commerce que j'ai eues ? Y'a de ça aussi.

- Et quelles étaient mes missions chez A**** ? Pfff, t’es dure, là. Bonne à tout faire ? Rédigeuse de critiques de livres que j'avais pas lu ? Rédactrice de mini textes présentant des bouquins porno ? Phoning intensif pour vendre des bouquins aux CE à la place de panier gourmand ? Recrutement et encadrement de BTS tech. de co. vraiment pas dégourdis ? Super tripant, hein ?

- Et qu'est ce que je faisais chez les édition B**** ? Ne pas croire mon boss psychopathe quand il prétendait que j'étais une bonne à rien avec le QI d'une poule, que je savais pas écrire français et que je n'avais rien à faire dans le marketing (bon, ça il avait pas tout à fait tort) ? Ah oui, et entre deux, j'additionnais des colonnes de chiffres et ne trouvais jamais le même résultat et encore moins le bon.

Pour mon parcours, c'est fait. Demain on parlera de mon précédent poste et encore après, de mon futur peut-être poste.

04.11.2007

La sortie de la semaine de la sociopathe de service

Il parait que ce n’est pas en restant chez soi à mater des DVD à la chaîne qu’on se trouve un mec. (et c’est vraiment nul) Alors j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et, il y a quelques semaines, dans un élan aussi brusque qu’incompréhensible, lorsqu’un ancien collègue m’a invitée à sa crémaillère, j’ai dit oui.

Je connais aucun des invités et même mon inviteur, on peut pas dire qu’on soit méga pote, presqu’à peine des connaissances. On s’en fout. il bosse dans l’édition, cultivé, intelligent, et tous les gens présents le seront certainement autant, voire peut-être plus que lui. Ça va être super, enfin mon entrée dans le monde magique et souterrain du cercle littéraire parisien. La grande classe.
Soit, j’aime pas les mondanités mais c’est pas grave. Parler à des inconnus me terrifie plus que Dracula mais on fera un effort, ça doit pas être bien dur d’aligner les lieux communs en souriant bêtement.

Samedi. Bin mince alors ! J’ai fait tout ce que j’avais prévu, et il me reste encore une heure à tirer avant de commencer à me préparer. Tant pis je vais me préparer tout de suite, ça évitera les mauvaises surprises de dernière minute.

Après avoir réfléchis un bon ¼ d’heure à l’intérêt ou non de m’en tenir à mon plan initial d’arriver en retard pour échapper aux premières minutes toujours poussives, j’ai finalement changé d’avis et décidé de commencer à me préparer plus tôt que prévu, comme cela, je serai une fille polie qui arrive à l’heure, et en plus j’aurai l’occasion de me mettre dans le bain et de prendre mes marques avant que tout le monde arrive : ce sera à eux de me dire bonjour et pas à moi de faire l’effort surhumain d’aller vers eux pour me présenter. Et toc !

Pour l’instant, tout se passe bien, pas de fond de teint qui vire, pas de mascara qui a brutalement séché ou est devenu liquide par l’opération divine du Saint-Esprit. Tout ceci confirme bien, que je peux être fière de moi, pas de pétage de plombs inopiné de dernière minute du genre « j’veux pas y alleeeeeeer ! », le top niveau de la confiance en soi qui permettra de se montrer sympa, avenante, ouverte, super coule.

19h00 : dernier coup de peigne, un petit coup de vernis sur les ongles, il me manquera plus qu’à choisir ma veste, et on pourra décoller en douceur. Magnifique
19h15 : bon, c’est pénible, parce que si je mets ma veste longue on dirait un manteau, et il faudra que je le quitte, sachant que je suis en manche courte, s’il fait froid, ça va être l’enfer
19h30 : et si je changeais de haut, en fait ? Parce que bon, il est sympa ce petit truc noir, à la fois classe et sexy, mais il ne va avec rien, ni pull, ni veste, et ça commence sévèrement à me chauffer
19h35 : en plus mon jean est taille basse, lorsque je vais m’asseoir on va voir ma culotte dans le meilleur des cas, la délicate naissance de mes fesses dans le pire. Et, je peux me tromper mais pour une soirée où on est censé trouver une majorité de gens intelligents et cultivés, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne clé d’entrée pour se faire accepter dans le club
19h45 : et si j’essayais la jupe que j’ai rejetée tout à l’heure ? Après tout, même si ça fait trop habillé, au moins on ne verra pas ma culotte, mais il faut que j’enlève mes bottes, mon jean, et retrouve mes foutus collants !
20h10 : à moins que je ne me rabatte sur un pantalon noir ? oui, mais ça fait enterrement, est-ce que j’ai l’air sinistre tout en noir ou les gens se rendront-ils compte que je ne m’habille en noir que parce que les couleurs sombres font paraître les gens plus minces qu’ils ne le sont en réalité ?
20h15 : j’ai pas envie d’y aller, je ressemble à un boudin en deuil de sa dernière pizza, je vais avoir la honte toute la soirée
20h20 : J’AI VRAIMENT PAS ENVIE D’Y ALLER, POURQUOI J’AI DIT OUI, PUTAIN ????!!!!!!!
20h25 : bon, je réessaye avec le jean, j’ai vraiment l’air d’une morue des bas quartiers, mais c’est trop tard.
20h30 : Et le haut ? Je le laisse comme ça, ou je change ?! Ha oui, non, je ne peux pas, je suis déjà maquillée, si j’enlève ce truc tout va se coller dessus, je ne pourrais pas le remettre si je change d’avis et il faudra que je fasse les raccords de fond de teint dans le cou, c’est un coup à partir à 23h, dans le meilleur des cas
20H30 : MERDE. JE RESSEMBLE DEFINITIVEMENT A UN GROS BOUDIN QUI S’HABILLE AU RABAIS A LA HALLE AUX VETEMENTS ET QUI CHERCHE A SE LA JOUER ALORS QU’ELLE N’A AUCUN GOUT
20h32 : en plus, je vais me faire chier comme un rat, je ne connais personne à part mon inviteur, mais comme c’est l’hôte de la soirée, il n’aura sûrement pas le temps de me materner
20h34 : Quel autre prétexte je pourrais bien trouver pour ne pas y aller ? M’en fous, il n’a pas mon téléphone, et je vais me mettre sur liste rouge dès demain
20h35 : ah oui, mais il a mon adresse mail au boulot… j’ai plus qu’à poser ma dem lundi.
20h36 : je n’ai vraiment pas envie, maaaamaaaaaan !!!!!!!!
20h37 : j’ai trouvé 50 autres choses que je préférerai faire plutôt que d’aller à cette soirée de merde où il n’y aura que des cons. Et cette liste inclut une réunion avec mon ancien manager pour causer de mes chiffres en baisse de 20h à 23h le vendredi soir. Cette fois, j’ai vraiment touché le fond du fond.
20h40 : Vu l’heure, tu as intérêt à te bouger, chérie, parce que tu ne peux pas décemment annuler maintenant et tu n’as pas vraiment envie de te détester dans trente secondes d’avoir été si poltronne. Et si tu continues à chercher à gagner du temps, tu te taperas en plus la honte d’arriver méga à la bourre et d’avoir à trouver une explication moins embarrassante que ton minable « j’avais trop peur de viendre »
20h42 : J’espère que ma voiture ne va pas démarrer, et que je vais me faire arrêter par les flics, que je n’aurai pas ma carte grise et qu’ils m’obligeront à finir la nuit au poste, en me dérouillant sévèrement parce que ma tête ne leur revient pas.
20h43 : je re-rentre chez moi, j’ai oublié l’adresse, j’espère que je l’ai perdue, de toute façon, je ne me souviens absolument pas que c’est le 222 boulevard saint saint-germain au 10ème étage
20h44 : si je souhaite très fort me casser une jambe, voire deux dans les escaliers en fermant les yeux, combien y’a-t-il de chance pour que cela se réalise ?
21h15 : 222 boulevard saint saint-germain, c’est ici, pas d’erreur possible, et en plus il y a même un interphone comme prévu, cette fois-ce, je ne peux vraiment plus reculer…

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