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lundi, 15 novembre 2010

Neige en décembre, Noël le 25

jeu d'écriture 5.jpg

 

 

Cela fait quelques semaines que le petit jeu perdure, maintenant.

On a parlé de se séparer début décembre et puis, les vacances ont passé, l’occasion pour lui de prendre ses distances sans en avoir l’air, pour moi d’espérer que la séparation permettrait un renouveau de ne je sais quoi, la passion, le manque, l’envie, au moins, ne serait-ce que celle-là, de faire l’amour.

Mon œil.

La chose que je fais le mieux dans la vie c’est de me bercer d’illusion et de me mentir. Cette fois n’a pas dérogé à la règle.

 

Alors depuis on se voit régulièrement. On discute de tout, notre quotidien, nos anecdotes, les gens qu’on a vus, les livres qu’on a lus, aimés, détestés, de nos ambitions respectives, de nos projets littéraires fumeux. Mais de ce qui a été évoqué en décembre jamais.

Pourtant le sujet reste là, en suspend, entre nous, comme s’il créait une barrière physique qui empêchait de nous toucher.

Je pourrais lui en vouloir de ne pas avoir les couilles de lancer le débat mais en vérité, je ne les ai pas plus que lui. D’abord parce qu’au fond de moi j’ai peur de le blesser (quelle blague) ensuite (et surtout) parce que cela mettrait un terme officiel et définitif à notre histoire ou ce qui en reste. Et pourtant, n’allez pas croire que je n’en ai pas envie, c’est tout le contraire. Ça fait trop longtemps que notre relation ne me convient plus, qu’elle me frustre, et je suis assez lucide pour savoir qu’on est allé au bout des choses, que je n’obtiendrai jamais l’affection, l’attention en un mot, l’amour que j’attends de lui, que mon acharnement à l’obtenir est vain.

Alors autant trancher dans le vif, non ?

Je n’y arrive pas.

Parce que j’aimerais, à défaut de faire plier ce grand monstre d'indifférence, au moins, une dernière caresse, un baiser, un effleurement et pourquoi pas, une ultime nuit de sexe débridé, comme un adieu joyeux et insouciant à ce qui ne sera plus, ce qui n’a jamais vraiment été au fond, d’ailleurs.

Ce soir, c’est le même scénario que d’habitude : on est allé au ciné, voir un film que lui a choisi parce que c’est toujours lui qui choisit ce qu’on va voir, ce qu’on écoute, ce qu’on mange, ce qu’on boit. Mes goûts ne lui plaisent pas trop, je crois.

En sortant, on s’est rendu compte qu’il neigeait, ça nous a fait sourire comme des gamins la veille de Noël. Sauf que la féérie de noël ça ne l’émeut pas vraiment. Il est pragmatique, lui, il ne rêvasse pas comme moi. Il n’avait qu’une veste légère sur lui, il ne voulait pas attraper froid. Alors il m’a entraînée presque de force à travers les rues jusque chez lui. Oui, quand nous allons au cinéma, c’est souvent près de son appartement, c’est plus pratique pour lui.

Une fois arrivés à destination il a passé un pull et a jeté un œil réprobateur à mes bottes. Il n’a rien dit mais j’ai senti qu’il avait peur que la neige fondue flingue son beau parquet.

Alors docilement – parce que je suis devenue un peu conne et docile depuis que je suis avec lui – j’ai retiré mes bottes. Il avait froid, il a proposé de nous faire un thé.

« comme tu voudras » j’ai répondu en haussant les épaules tout en pensant « au moins, cela donnera un prétexte à s’asseoir tous les deux dans son canapé, partager un moment ensemble ».

Je sais, je suis pathétique.

 

Tandis qu’il s’affairait en cuisine, je me suis approchée de la fenêtre et j’ai regardé la neige tomber sur la ville. J’imaginais les sons assourdis, là, en bas, le chrak de chaque pas dans la neige, et les gens se promenant deux par deux en se souriant devant ce spectacle, profitant de cette blancheur immaculée avant que la voirie et tous les parisiens ne s’occupent de la transformer en une grosse gadoue noirâtre et sale.

Et puis la réalité a repris ses droits.

J’ai un peu frissonné et me suis demandé « est-ce qu’il me regarde, en ce moment ? Trouve-t-il mon air rêveur un peu charmant ? Est-il touché par cette abandon loin de mes pauses habituelles ? Se demande-t-il, lui, à quoi je pense ? »

J’ai frotté l’un de mes pieds contre l’autre pour me réchauffer avant de sourire un peu « et ce geste-là, ce tic que j’ai de me frotter les pieds et qu’il trouve si mignon habituellement, l’a-t-il vu ? »

J’ai essayé de visualiser le spectacle que je pouvais offrir et tenté de mesurer son effet sur lui : « et si, en me voyant là, accoudée devant sa fenêtre à regarder la neige tomber, lorsqu’il amènera son thé, il le posait sur la table et venait me rejoindre pour m’enlacer gentiment ? »

L’idée était séduisante mais que ferai-je, en pareil cas ?

« je le repousserai ! » me suis-je dit résolument, presque avec rage. « Cela lui fera les pieds, puisqu'on en parle, à ce grand con »

Alors qu’en fait, je sais très bien, au fond de moi, que non seulement il ne le fera pas, mais qu’en plus, si cette brusque idée de tendresse gratuite devait lui traverser l’esprit dieu seul sait pourquoi, je serai assez cruche pour le laisser faire.

Demain, c’est promis, je le quitte. En attendant, je vais encore rester là à regarder la neige, qui sait, pour une fois, il agira peut-être enfin comme j'aimerais qu'il le fasse.

 

 

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Ceci est ma participation au jeu d'écriture n#5 du blog à 1000 mains de Madame Kevin et Lizly. Merci à Marlène pour l'illustration.

Si toi aussi tu veux participer, feel free, c'est jusqu'au 24 novembre !

 

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Commentaires

C'est un très beau texte .

Il ne te reste plus qu'à être vilain à la rochevilaine ;)

C'est étrange comme je n'aime pas lire des notes non drôle chez toi. Après j'ai l'impression que tu ne vas pas bien.

Écrit par : Pimousse | lundi, 15 novembre 2010

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Pimousse : merci ma pimousse !
Ben justement, c'est après un moment de ce genre que j'ai été trèèèès vilaiiiiiiine.
Mais faudrait que je recommence (quand il fera plus beau et plus chaud qu'en ce moment)

Faut pas, c'est juste que je m'oblige parfois à raconter autre chose que des âneries et même de parler de sujets persos pour voir si j'en suis cap'.
Mais t'inquiète, si j'allais pas bien, j'en parlerai pas :) (ce qui est vachement rassurant en soi, non ? hihihi)

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

oui vachement rassurant. Donc en gros plus t'écrit de bêtises, plus tu vas mal?
Attention, c'est trop compliqué pour mon petit cerveau ;)

Écrit par : Pimousse | mardi, 16 novembre 2010

Pimousse : ah non, j'écris tout le temps des bêtises. L'un n'exclut pas l'autre et réciproquement. C'est plus clair ? Oui, c'est ce que je me disais aussi. :)

Écrit par : Une blonde dans la ville | mardi, 16 novembre 2010

bon, je ne lis pas car je suis sensée participer... sauf que là, j'ai ZERO inspiration...

Écrit par : bbflo | lundi, 15 novembre 2010

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bbflo : pourtant... la neige, la contemplation, la méditation, les journées d'hiver bien froides où on est au chaud, tout ça, ...
je suis sûre que tu vas trouver !

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

Un grand oooh d'émotion. Boule dans la gorge.
Laisser la relation en pointillé, comme tu le décris, c'est difficile.
Quitter, trancher net, c'est difficile aussi : ça pique et ça brûle...
Alors, on fait comme on peut...

Écrit par : Madame Kévin | lundi, 15 novembre 2010

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Madame Kevin : cool, c'était justement l'idée et ce n'est pas ce qu'il y a de plus facile à faire passer (en ce qui me concerne du moins)
Ton analyse est très juste, il y a toujours un moment où on oscille entre l'inconfort d'une situation et la volonté nécessaire pour y mettre un terme

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

TU écris bien, tu sais, quand tu changes de registre comme là (et les fois d'avant aussi, mais là j'aime encore plus)
Bonne semaine à toi.

Écrit par : Océane | lundi, 15 novembre 2010

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Océane : c'est pas facile de changer de registre, je préfère toujours rester dans le second degré rigolard mais des fois, c'est bien de forcer sa nature

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

C'est bien vu ma blondinette, beaucoup d'émotion et de justesse.
Ce dessin est tellement bien, il inspire beaucoup de choses.

Écrit par : pivoine | lundi, 15 novembre 2010

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Pivoine : merci !
Le dessin est franchement bien (je le dis d'autant plus facilement qu'il n'est pas de moi) et c'est vrai qu'il inspire beaucoup de choses

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

Tu ne plaisantes pas quand tu écris sérieusement toi !
C'est très joli, très juste. Promis demain je serais courageuse aussi.

Écrit par : Firemaman | lundi, 15 novembre 2010

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Firemaman : tant qu'à faire :)
Bah, si ce n'est pas demain, ce sera le jour d'après

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 15 novembre 2010

J'espère que c'est une fiction ! Ça me file un de ces cafards ton histoire...!

Écrit par : Cigale | lundi, 15 novembre 2010

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Cigale : c'est pas vraiment une fiction mais surtout c'est du passé, alors pas de cafard à avoir, je t'assure :)

Écrit par : Une blonde dans la ville | mardi, 16 novembre 2010

Superbe ! Quel beau texte ! Tu nous transportes dans une véritable histoire, c'est incroyable comment t'arrives à composer les sentiments et les lieux dans une même "scène d'écriture" ! Bravissima !
Et puis finalement, il ne mérite pas son amour, c'est lui-même qu'il aime !

Écrit par : M1 | lundi, 15 novembre 2010

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M1 : j'en rougis :) Merci, ça faisait longtemps que je n'avais pas tenté ce genre d'exercice, contente qu'il te plaise.

Écrit par : Une blonde dans la ville | mardi, 16 novembre 2010

Ouais je plussoie: c'est joliment écrit mais comme il parait que ça sent pas le vécu, je m'abstiendrai de toute remarque désobligeante (alu) genre: voici encore une histoire ou l'homme est un salaud et la femme une petite chose fragile, non, I won't ;-)~

Écrit par : Hotllywood | mercredi, 17 novembre 2010

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Hotllywood : qui a prétendu que l'homme était un salaud dans cette histoire ? Personne... en tout cas pas moi. Je pars du principe (peut-être erroné) qu'il n'y a pas de salaud (sauf cas pathologiques relevant de la psychiatrie) mais des mecs pas amoureux et donc indifférents. Et l'indifférence, des fois, ça peut sembler être salaud pour celui ou celle qui la subit mais ça ne caractérise en rien l’essence même de la personne qui en est l’auteur.
Quant à la femme pauvre petite chose fragile, je ne cautionne pas davantage, c'est une personne qui est incapable de dire stop à une situation qu'elle ne supporte pas et qui bafoue son amour propre, à mon sens, ça ressemble plus à du manque de courage et de respect de soi, si tu veux mon avis sur la question. Mais bien évidemment, tout ceci n’a rien à voir avec du vécu :)

Écrit par : Une blonde dans la ville | mercredi, 17 novembre 2010

magnifique illustration du fuis moi je te suis, suis moi je te fuis qui ne souffre AUCUNE exception :-)

Écrit par : 400 | mercredi, 17 novembre 2010

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400 : ze règle de base qu'on sait devoir toujours respecter mais qu'on finit toujours par oublier (enfin, moi, je l'oublie tout le temps)

Écrit par : Une blonde dans la ville | mercredi, 17 novembre 2010

Très belle participation. J'aime beaucoup comme tu reviens vers le dessin sur la fin, quand tu nous as embarqués dans ton histoire. Je viens de le mettre en ligne sur le blog à 1000 mains. Désolée pour le délai...

Écrit par : Lizly | mercredi, 17 novembre 2010

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Lizly : merci ! (j'avais l'idée du finish en commençant l'histoire, le tout étant d'y arriver sans se perdre en route)
De rien pour le délai, évidemment :)

Écrit par : Une blonde dans la ville | mercredi, 17 novembre 2010

...

Voilà un registre qui rappelle de beaux souvenirs de lecture. Si je suis coutumier du plaisir ressenti en me perdant ici entre tes lignes, cette fois-ci eut un goût particulier.

Je n'aime pas les jugements, faute de légitimité pour en rendre mais là blondinette, davantage encore qu'à l'accoutumée, au ressenti: c'est vraiment bien.

Écrit par : Blackmilk, fond comme la neige | samedi, 20 novembre 2010

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Blackmilk : merci mon cher, tu me flattes !

Écrit par : Une blonde dans la ville | lundi, 22 novembre 2010

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Ben moi je trouve cette image de toi près de la fenêtre trop attendrissante.
J'ai également beaucoup aimé ton style.
Comment se fait-il que les Blogs de filles soient touours mieux écrits que les blogs de mecs ?

dsl pour ce commentaire "tardif"

Écrit par : David | jeudi, 25 novembre 2010

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