mardi, 10 mars 2009

Et le premier billet dans la section livre est attribué à...

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Il est de ces romans que l’on déguste comme on dégusterai un plat chez les Ambassadeurs (le resto étoilé du Crillon, pour info, ça f’sait longtemps qu’j’en avais pas causé, Miss400, ça va te plaire) : à petite bouchée.

 

 

 

Parce que cela a beau être délicieux, on sait que l’engouffrer d’une traite gâcherait un peu le plaisir ; on sait que plus on prendra son temps pour en goûter chaque nuance et plus on prolongera l’instant de grâce.

 

Ambiguïtés est des ces romans.

 

L’auteur, Elliot Perlman, m’avait déjà séduite avec Trois dollars (mais qui est sorti après ambiguïtés (ça va vous suivez toujours ?) je suis du genre bordélique c’est pas de ma faute) par son talent à dépeindre les petits riens du quotidien de façon touchante et réaliste (mais pas chiante comme Virginia Woolf wouf wouf… hum, hum, pardon, ça m’a échappé) de nous présenter l’intimité d’un homme, son jardin secret, ses espoirs, ses déceptions, ses doutes, avec une tendresse réaliste plus que bluffante.

Mais bon, je suis pas là pour parler de Trois dollars (même si je vous en recommande quand même la lecture au passage si vous ne l’avais pas déjà fait) mais d’Ambiguïtés.

Bin ouais, c’était le deal de départ pour ce billet et comme je suis du genre psychorigide, j’aime m’en tenir au plan de départ.

 

Le pitch ? me demanderez-vous. 

Je vais pas vous donner la version de la quatrième de couv’, qui ne rend pas vraiment hommage au roman, pas davantage à sa richesse ni à sa force.

En la matière, le résumé de la Fnac me parait plus pertinent :

" Est-il fou d'aimer sans espoir ou juste nécessaire ? " interroge Elliot Perlman.

Simon, le kidnappeur d'enfant, ne se pose pas la question : voici dix ans qu'il rêve de retrouver Anna, son amour de jeunesse. Une obsession dans laquelle il s'enfonce si profondément qu'un beau jour, enlever le fils qu'elle a eu avec un autre lui paraît la meilleure façon de la reconquérir. De cet instant de folie naît un imbroglio de relations improbables, de rencontres absurdes, de coïncidences lourdes de sens et de quiproquos.

Si Simon n'avait pas été un instituteur au chômage, il ne serait pas enfermé dans son obsession amoureuse et n'aurait pas été enfermé par la force publique dans une prison de haute sécurité. Mais il vit dans un monde - l'Australie contemporaine - en proie aux illusions destructrices du libéralisme: un monde qui a besoin non d'enseignants mais de courtiers en Bourse, et qui envoie les don quichotte se faire soigner chez les psychiatres. Un monde où l'enfant est un produit marchand apte à doper les ventes des tabloïds - à condition d'être victime d'un ignoble pédophile pervers. Le coup de folie de Simon est raconté par ses sept principaux témoins - sept types "d'ambiguïté".

Chacun d'entre eux colore la ligne faussement simple de l'intrigue de ses émotions, de ses désirs et de ses haines, pour former une fresque complexe où se perdre est un plaisir. Ces "histoires dans l'histoire" se cognent, s'imbriquent, et finalement se rejoignent pour mieux poser les vraies questions, dans un vaudeville tragique et somptueux.

 

Je ne vais pas revenir sur la construction scénaristique qui est d’une perfection qui frise le scandale parce que la technique, en vrai, c’est chiant comme Virginia Woolf Wouf Wouf

Par contre je ne passerai pas sous silence la profondeur des sept personnage, le chômeur (Simon) en lutte avec un système qui le broie, le psychiatre d’une humanité et loyauté confondante, la putain tantôt cynique tantôt touchante de sensibilité, le courtier avide de réussite sociale qui cache sa honte d’être, au fond, rien d'autre qu'une brute, l’analyste financier qui cache sa vie minable faites de ratage sous une obsession d’être le meilleur, l’épouse (Anna) en apparence futile, volage, calculatrice et manipulatrice qui est au fond bien plus complexe que cela et donc bien plus intéressante et touchante, et, enfin, la fille du psychiatre, pour boucler la boucle et permettre une ultime mise en abime des personnages.

 

Je ne passerai pas davantage sous silence sa façon de dépeindre en peu de mots et avec des phrases d’une simplicité aussi limpide que parfaite les situations, les ambiances, le ressenti.

En une seconde on est plongé dans l’univers carcéral et on vit ce que vit Simon ; en quelques phrases on comprend ce que ressentent et vivent les personnages alors que la galerie est impressionnantes de diversité ; en une seule comparaison, qui pourrait pourtant paraître improbable au départ, la solitude, la désocialisation et les conséquences de l’un et l’autre deviennent d’une justesse infinie.

En bref, lisez-le.