27.03.2008
Dichotomie pour l’heure d’été
Je suis allée voir ce film parce que le sujet me touche et me parle de façon directe.
Pour la première fois depuis très longtemps, voire toujours, je suis allée voir un film uniquement pour y retrouver ce que je vivais ou avais vécu, non pour ce qu’il aurait de différent à me montrer, ce qu’il aurait à m’apprendre, pour un scénario dont on me vantait les mérites, une qualité esthétique encensée par les critiques.
Alors c’est évident, ce parti pris me rendait partiale et donne à mon analyse de côté très bien/pas bien toute personnelle que je ne pourrais jamais partager qu’avec moi-même. Passé cela, voici mon analyse à moi que j'ai.
Ce que j’y ai aimé :
- La volonté d’un seul de conserver le patrimoine familial balayée par le besoin des autres d’y renoncer
- Les plaisanteries dans un moment jugé comme grave, une façon de dédramatiser l'instant, de faire sortir la pression, de se rassurer avec une complicité accrue
- La solitude de celui qui est le plus près et le plus impliqué et l’impression d’injustice que cela crée
- La déferlante de mots d’amitié et de soutien qui nous touche et à laquelle, pourtant, on ne répond pas, ou mal.
- Les vestiges d’un passé qui nous fait mal de voir hors de leur contexte (pour le film dans un musée, pour moi, chez les autres)
- La terrible douleur à voir ce qui a constitué un endroit de rassemblement des objets sûrs et constituant la base même de nos souvenirs d’enfance et dans lesquels on se sentait chez soi, soudain dépecés sous le prétexte du partage et de l’héritage, quand l’héritage est constitué de bien d’autres choses que des tableaux, verreries, meubles, dits de « valeurs »
- Les différences entre frères et sœurs, élevés ensemble, censément avec les mêmes valeurs, qui se dévoilent à l’heure de prendre des décisions d’adultes sans la présence de parents – censeurs ou rassembleurs, et met en lumière tout ce que ces individus partageant une histoire commune peut avoir de différent.
- Les personnalités dans ce qu’elles ont d’égoïstes et individualistes qui se révèlent.
- Des personnages attachants, subtilement traités avec beaucoup de réalisme tant dans leur caractéristiques et contradictions que dans la façon dont cela influence leur comportement, sans faire de qui que ce soit une caricature.
Ce qui m’a paru léger ou mal traité :
- La culpabilité potentielle devant la mise en vente d'un patrimoine familial balayée dès les premières minutes du film alors que cela reste un vrai sujet, source de nombreuses contradictions intimes permettant d’enrichir des personnages
- Un sujet central mal défini : de quoi parle-t-on ? de la difficulté à se séparer d’un patrimoine, céder une histoire qui nous appartient au commun des mortels ? renoncer à l’engagement de ses parents ? Le deuil de personnes d’exception ? Le lien entre le deuil affectif et le deuil d’une histoire familiale dont certains veulent se libérer et les autres rester les garants et les conflits que cela engendre ?
- Une façon survolée de traiter l’aventure décisive qu’est celle de faire le deuil d’un parent à la personnalité forte dont on se sent le dépositaire, de tourner la page avec un passé, une histoire qui, si on ne s’en sent pas responsable, reste une part non négligeable de notre personnalité, de qui on est.
En définitive, je suis sortie frustrée de ce film.
Pas seulement parce qu’il n’a pas traité in extenso de mes problématiques mais aussi parce que, s’il présente des personnages subtils et réalistes, touchants, bien vus, nous fait la grâce de ne jamais sombrer dans le pathos facile, il ne fait par contre que survoler, aborder par touche beaucoup de thèmes, sans jamais vraiment plonger dedans à bras le corps. A vouloir aborder trop de choses en même temps, à vouloir traiter de sujet sensibles sans se salir les mains, on ne traite rien du tout...
Pour autant et aussi surprenant que cela puisse paraître je ne déconseille pas d'aller le voir, si sur le fond, j'émets quelques critiques, la réalisation est soignée, les personnages finement rendus et j'étais, comme vous l'aurez compris, vraiment pas objective...
11:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : film, cinéma, l'heure d'été


