04.04.2008

Le jour où je me suis transformée en délinquante juvénile : épisode 5

2036069799.JPGBref rappel des faits j’ai obstrué l’ouverture de ma cave et une autre blonde se propose de m’aider. A deux, on a le power sur le monde trop fermé du bricolage et la menuiserie. Mon instinct qui s'approche davantage de la philosophie de saint Thomas me pousse à penser « tant que c’est pas fait j’y crois pas » issue non seulement d’une éducation catho à mort sur laquelle je ne reviendrai pas mais aussi d’une longue lignée de déceptions où les promesses étaient rarement tenues, j'attends donc de voir pour juger.

Et les faits que nous pouvions juger c’était que nous étions deux blondes devant une porte de cave récalcitrante. Mais des blondes armées de courage et de plein de bonnes idées, comme creuser des orbites autours des clous avec le bout pointu des ciseaux pour déclouter les planches de la porte. Malheureusement, cette technique, quoiqu'inventive, reste assez peu efficace. Et comme l’une et l’autre vivons dans un monde pas très fictif où le mot efficacité n’est pas vain, on décide tenter une option plus rentable et partons à l’aventure nous équiper dans un magasin de bricolage.

Cette fois, on y est : on a le marteau arrache clous, le pied de biche, le mini pied de biche pour blonde mais avons-nous les biceps pour en finir avec cette foutue cave qui me pourrit la vie depuis que j’ai emménagé ? Déjà que je faisais pas confiance à L’Homme pour savoir démonter le truc horrible de ma cuisine ou flinguer un verrou tout pourri alors qu’il était cap de me transporter d’une pièce à l’autre de l’appart à la seule force de ses bras, soyons logiques, une blonde comme moi, comment peut-elle me tirer du pétrin ?

Super blondie décide d’abord d’essayer sa méthode. C’est qu’elle trouve mon idée d’y aller à la brute un peu définitive et je suppose que vous partagez son avis (de toute façon, la cave, c’était le prétexte pour acheter cet objet que je convoite depuis longtemps afin de dézinguer les petits vieux qui pullulent dans mon immeuble)

Evidemment, Super Blondie est bien obligée de reconnaître que l’arracheur de clou n’est guère plus efficace que les ciseaux tout à l’heure et comme elle n’est pas moins bien élevée que L’Homme (on notera cette récurrence : malgré mon obsession à me plaindre des autres, j’ai toujours accordé un début de confiance à des gens biens, je devrais rajouter cette compétence sur mon CV même si Walter, c'est indénaiblement une grosse erreur de casting professionnel) elle me demande l’autorisation avant d’éclater la porte, m’informant à l’avance des risques associés à cette opération délicate (on notera à cette occasion-ci que sa formation de juriste a laissé quelques marques).


Cette fois, comme la précédente, je comprends les réticences mais j’assume complet. En plus, cette fois, c’est vraiment ma cave, alors si je veux la défoncer à coup de maillet, j'ai droit, je fais que ce que je veux !
« Vas-y » dis-je avec une assurance qui ne m’est pourtant pas familière.
J’aurais pu ajouter un « éclate-là, cette s****** » qui n’aurait pas dénoté avec ma détermination à en finir mais il parait qu’il ne faut jamais trop en faire. Et puis je suis trop bien élevée pour dire des grossièretés.

Malgré cela, que dieu me pardonne, je n'ai pas pu m'empêcher de douter. A nouveau.
Comment un petit gabarit pareil pouvait avoir la force nécessaire pour arracher cette foutue planche à coup de pieds de biche ?
Ça ne me paraissait pas trop possible, tout à fait entre nous. Mais ce n’est pas parce que ma mère m’a abreuvée des doutes qu’elle nourrissait à l’égard de mes compétences et capacités que je dois faire pareil avec les autres. Donc je me suis plutôt contentée de tenir la porte bien en place pour lui donner plus de prise, en silence. (me taire c'est ce que je réussis le mieux dans la vie)

Au premier coup porté, j’étais donc super bien placée pour en estimer la force et j’ai compris toute l’inutilité de mes interrogations précédentes : j’ai cru que j’allais décoller et m’encastrer dans le mur d’en face avec le premier petit clou qui a volé…

Inutile de maintenir le suspens plus longtemps que nécessaire : super blondie a éclaté la planche à la seule force de ses petits bras sveltes pour ma plus grande incrédulité admirative…

Nous en avons profité pour relever les portes, mieux les caler, et depuis, ma cave se porte bien, merci pour elle.

Mais au fait, me diriez-vous avec raison, que sont devenus les charmants voisins auprès desquels je me suis rendue coupable d’un crime de racaille ?

Ils avaient mon numéro de téléphone (que j’avais bien pris le soin de donner dans ma missive) et c’est une vieille dame encore tremblante d’indignation qui m’a appelée un après-midi pour m’insulter pendant un quart d’heure. Bien évidemment, vous connaissez mon sens du respect inné et naturel. Je ne lui ai pas rétorqué :
-          ton verrou, c’était de la merde, j’espère que tu as changé de marque, la vieille !
-          la prochaine fois, c’est la porte de ton appartement qu’on se fait, et on s’occupera de ton cas au passage, j’ai pas le courage d’attendre la prochaine canicule
-          fais gaffe, mamie, j’ai un pied de biche et je sais m’en servir
-          j’ai profité de mon passage pour planquer de la drogue dans ta cave et avec le bordel qui y règne, t'es pas prête de le retrouver, les flics, quand je les aurai appelés, si, alors me gonfle pas, vieille peau 
-          Faut s’y faire, vieux débris, on n’est plus en sécurité nulle part et toi encore moins, maintenant que je sais comment tu t’appelles et où tu habites

Non, je suis restée bien polie et bien calme, j’ai renouvelé mes excuses, sans succès, tenté d'expliquer la méprise avec humilité, sans plus de succès, renouvelé ma proposition de rembourser les frais occasionnés par mon erreur sans être prise au sérieux (j'ai même eu l'impression de vexer la brave dame). Alors j’ai attendu que ça passe et une fois qu’elle avait vidé son venin, après avoir renouvelé mes excuses, j'ai attendu qu'elle soit calmée et décidée à prendre congé et je lui ai souhaité une bonne journée avant de tranquillement raccrocher. Inutile de vous dire que la mamie indignée s'est empressée de jeter mes cartons de fringues au premier passage des encombrants, au motif que je n'étais pas venue les récupérer assez vite... bin, c'est que je ne l'ai pas vu tout de suite, votre mot, je ne suis pas retournée dans ma cave entre temps, ce qui l'a visiblement encore plus indignée (elle doit passer sa vie dans sa cave, en fait)

quoi qu'il en soit je continue à raser les murs, surtout quand je croise quelqu’un vivant à l’étage où les gentilles personnes dont j’ai fracturé (ou du moins fait fracturer) la porte par L’Homme et redoute un jour qu'ils ne me démasquent. Si un jour vous n'avez plus de mes nouvelles c'est qu'ils m'auront retrouvée...

03.04.2008

Le jour où je me suis transformée en délinquante juvénile : épisode 4

378878942.JPGQuelques minutes plus tard, ma cop’s blonde que nous appellerons blondie pour protéger son anonymat arrive en renfort, bien déterminée à mater cette cave qui ne me crée que des ennuis depuis trop longtemps. Elle vient tout d’abord évaluer l’étendue du massacre.
Ici, un bref rappel des faits ainsi que la précision de certains autres s’imposent :
1/ Les portes de nos caves sont composées de planches de bois cloûtées les unes aux autres de façon rudimentaire. Dans le sens de la hauteur : trois planches maintenues par deux autres clouées derrière en diagonale. Dans la hauteur toujours un espace subsiste entre chaque planche, de quoi laisser passer un bras de bonne constitution
2/ Les portes s’ouvrent vers l’intérieur et les deux autres portes restées coincées à l’intérieur ont la dimension de la profondeur de la cave. Autant dire que pousser la porte ne sert à rien.

Bref. Super blondie débarque et analyse la situation en une minute.
Son diagnostic :
1/ tenter de relever les portes en passant un bras à travers les interstices est impossible : nous n’aurons jamais assez de force, même à deux.
2/ dégonder la porte ne se révèle pas plus envisageable pour des raisons qui m’apparaissent nébuleuses aujourd’hui mais qui étaient vachement claires et logiques à l’époque, si, si, je m’en souviens.
3/ la seule solution c’est d’enlever les clous sur une des planches et se faufiler à l’intérieur pour relever les deux monstres qui coincent tout et reclouer après.
Comme ça, ça a l’air hyper simple mais comme dans beaucoup de cas critiques, ce n’est pas le diagnostic et les préconisations qui posent problème mais plutôt la mise en œuvre du plan d’action…
Premier souci, et de taille, vient avec la question de super blondie :
« tu as un marteau arrache clou ? »
- Heuu… moi je connais la famille Mangeclous, récurrente dans l’œuvre d’Albert Cohen. Mais ça parlait pas de marteau, il y a un rapport ouuuu ?
- Non, tu sais, le truc avec des petites dents pour amorcer la sortie du clou du bois.
- hiiiiin ? heuuu… bin non, désolée, je crois pas avoir ça…
Comme super blondie est la reine de la débrouille, elle tente le système D : avec des ciseaux.
Rapidement, on réalise que, pour inventif qu’il soit, son système de fortune n’est guère rentable, voire pas efficace du tout.
Parce que nous ne sommes pas que des blondes superficielles idiotes et que nous savons faire preuve d’initiatives (et puis qu’à la base, on n’avait pas trop prévu de faire atelier menuiserie dans une cave mais plutôt l’expo Wedgee que je vous recommande d’ailleurs, c’est dommage que ce soit fini) on décide de s’orienter sur un magasin de bricolage pour s’équiper.

Nous voilà donc lâchées dans une grande surface de bricolage, monde inconnu pour moi, beaucoup plus évident pour super blondie qui navigue dans les rayons avec agilité jusqu’à trouver l’objet de tous ses fantasmes : un marteau arrache-clous.
Alors d’accord, je suis peut-être pas bricoleuse dans l’âme mais je me rattrape avec le sens aigu de l’observation (et de la déduction, rappelez-vous). Peut-être que cet engin sophistiqué va nous aider mais perso, j’ai comme eu l’impression que les clous, ils étaient méchamment enfoncés dans le bois et à moins de forer tout autour, ça risque de rester difficile (la seule intelligence des feignants c’est d’anticiper leur charge de travail et de recalculer les paramètres pour la réduire. By une blonde dans la ville 2 avril 2008) et je sais pas pourquoi, l’habitude, sans doute, mais je me doute que ça ne peut pas être aussi simple, s’il suffisait juste d’un marteau arrache clou pour résoudre le dilemme, ce serait bien trop facile pour arriver dans ma vie.
Aussi, une fois le marteau précieux dans notre caddy, je pars à la recherche d’un pied de biche.
Bin oui, au cas où (en plus, c’est classe un pied de biche, j’avais toujours rêvé d’en posséder un, ça fait trop loubard et je pourrais errer dans les couloirs de l’immeuble avec pour faire peur aux petites vieilles).
Autant trouver un marteau arrache-clous m’a paru compliqué autant dénicher un foutu pied de biche dans ce magasin tient du pire problème de math avec des histoires d’évier qui se vident à une vitesse différente du débit du robinet. On farfouille dans les rayons à grands renforts de rires crétins (c’est que deux blondes dans un magasin de bricolage, à la base, ça passe jamais inaperçu, mais là, ça tenait d’un show case de Paris et Nicole dans une boîte de seconde zone paumée dans la pampa de non moins seconde zone d’une province morte cliniquement en France) Les vendeurs hésitaient entre l’effroi et l’excitation (au sens ricain du terme) : au moins un peu d’animation en cette morne journée d’août 2007. Mais l’instinct du service client étant le plus fort, ils finissent par s’enquérir de nos besoins.
Quand on leur demande un pied de biche, le jeune vendeur nous entraîne dans un dédale de rayons avant de nous planter devant un pauvre ridicule petit truc de 10 centimètres de long, faisant passer le marteau arrache-clous pour un instrument de torture digne de HulK
Alternativement, notre regard va du pied de biche pour lopette au vendeur pendant quelques interminables secondes avant que l’une d’entre nous n’ose prononcer la question fatale :

« heuuuu… c’est tout ce que vous avez ? »

Censément intrigué le gentil vendeur réfléchit quelques secondes, le temps de se faire à l’idée que les deux frêles jeunes demoiselles que nous sommes, à la manucure parfaite et la mise incritiquable par Elle viennent de demander un vrai outil de mec (ça coûte rien de mentir personne ne pourra vérifier). Y’a un truc qui cloche.
A contre cœur, il nous dirige vers le rayon des vraies brutes avec des vrais pieds de biche de voyous. On compare les tailles, l’impact de chacun d’entre eux et, une fois notre choix arrêté sur le plus puissant, le brave homme ne peut s’empêcher de poser la question qui le démange depuis visiblement trop longtemps :
« excusez-moi, mesdemoiselles, mais, c’est pour quoi ce pied de biche ? Simple curiosité… »

Super blondie et moi pensons à la même chose sauf qu’il y en a toujours une pour sortir la vanne avant l’autre (ou avoir les cojones de le faire à la place de l’autre). Super blondie se retourne donc vers le curieux avec son air mutin habituel, le fixe droit dans les yeux et jette négligemment :
« bof, on va se faire la société générale juste à côté »
Forcément j’ajoute « promis, si ça marche, on vous donne un pourcentage… »
On file vers la caisse dans un grand éclat de rire complice sous le regard ahuri du vendeur un peu déboussolé.
Sauf que. Une fois de retour au local vélo, avec tout notre attirail, on fait moins les malines. Enfin moi tout du moins.

Promis, la prochaine fois, c’est le dernier épisode. C’est là que vous apprendrez qu’il ne faut jamais sous-estimer une blonde…

31.03.2008

Le jour où je me suis transformée en délinquante juvénile : épisode 3

1359062421.JPGAprès avoir pris possession de ma nouvelle cave, j’ai commencé plusieurs cartons destinés à y être rangés, histoire d’avoir moins de bordel qui traîne dans mon appartement.

Bien évidemment, je ne suis jamais retournée sonner chez les voisins et comme on est un peu en froid avec L’Homme qui ne tardera pas à devenir L’Ex, il ne peut pas me donner mauvaise conscience et me demandant tous les jours si je l’ai fait, il est déjà trop occupé soit à ne pas recevoir mes e-mails soit à répondre à des saillies terribles (j’ai rarement été aussi inspirée en vacheries d’apparences innocentes qu’à cette époque). Alors c'est sûr, depuis les premiers épisodes, bon nombre d'entre vous m'ont prodigué d'excellents conseils pour apaiser le conflit diplomatique et c'est vrai, j'aurais pu me fendre d'une visite de courtoisie visant à signer la trêve.

Mais non, à la place, parce que je suis parfois lâche comme un mec, je décide d’écrire un courrier expliquant que je n’ai pas réussi à les joindre autrement.

Courrier hyper consensuel, respectueux et humble, visant à monter :

1/ qu’en vrai je suis une fille polie et bien élevée (malgré les apparences)
2/ que je suis de bonne foi dans ma connerie (je suis blonde)
3/ que je compte bien leur rembourser tous les frais occasionnés par ma dégradation involontaire… (je suis pas malhonnête)
4/ que je renouvèle mes plus plates excuses pour la méprise (j'ai beaucoup de respect pour le club du troisième âge)

Les jours passent et je n’ai pas de nouvelles.

C’est pas grave, on est en période de grandes vacances et pendant ce temps, je continue mon grand rangement et je descends vaillamment mes cartons un a un.

On est samedi, il n’en reste plus qu’un, je suis bientôt débarrassée et j’ai bien hâte. Pour marquer ma satisfaction, je pousse avec joie le carton au fond de la cave et referme la porte dans un geste gracieux censé illustrer mon allégresse ravie.

Avant d’entendre un grand fracas.

Mon cerveau refuse d’enregistrer l’information mais au fond de moi, je sais que je viens de commettre une erreur monumentale.

Dans la cave, la seule chose datant de l’ancien proprio ce sont deux grandes portes de séparation (qui viennent de l’appartement) qui étaient posées contre le mur et que L’Homme avait eu la gentillesse (la connerie) de pousser bien contre le mur droit pour dégager le plus de place possible. En équilibre désormais instable, mon dernier carton les a faites basculer et elles sont, là, maintenant, tout de suite, en travers de l’ouverture de ma cave.

Et vous l’aurez compris, la porte s’ouvre vers l’intérieur.

Au moins, on ne risque pas de venir me voler des trucs, c’est impossible de rentrer dans la cave, quand bien même les braves gens dont j’ai fracassé la porte auraient l’idée saugrenue d’organiser une expédition punitive malgré leur probable grand âge.

Certes, ce que je viens d’entreposer ici, je n’en ai pas vraiment besoin. Mais un jour, lorsque je déménagerai, il faudra pourtant bien que je m’y colle, comment vais-je faire ?

Hors de question de réclamer l’aide des puissants bras musclés de L’Homme, on a sa fierté ou on l’a pas et en ce moment, vaut mieux que j’évite de le voir, j’ai trop envie de le claquer.

Une copine devait passer, une blonde, comme moi. Immédiatement, quand je lui narre mes mésaventures, elle propose son aide.

Certes reconnaissante de cette preuve indubitable de solidarité entre blondes, je reste sceptique quant au succès de cette démarche : à deux blondes, on n’est pas forcément plus intelligentes qu’à une seule…

25.03.2008

Le jour où je me suis transformée en délinquante juvénile : épisode 2

1237716357.JPGSi vous avez manqué le premier épisode de ma lente descente aux enfers, c’est ICI.

Ce soir-là, donc, on devait se retrouver chez moi avec L’Homme pour vider ma cave. J’arrive un poil à la bourre, il avait préparé une gentille surprise pour mon anniversaire mais on avait un boulot à finir avant les réjouissances. Il m’attend gentiment pendant que je me change et on descend, armés de gants et de lampes.

Une fois devant la porte, nous constatons, stupéfaits, qu’un nouveau cadenas a été posé.
Et qu’un petit mot m’attend.

M’expliquant en substance que merci d’avoir fracturé ma cave mais non merci et qu’on tient mes cartons à disposition pour que je vienne les récupérer.

Mon cœur manque un battement.

Ça y’est l’indicible, l’horrible, l’insoutenable s’est produit : je suis devenue une délinquante… Pitié ! Ma mère avait raison quand elle prétendait que je tournerai mal (ou finirai caissière chez prisu suivant l’humeur du jour)… C’est la honte de ma vie !

J’oserai jamais aller voir ces gens pour leur expliquer que je me suis trompée, je suis frappée par le sceau de l’opprobre, je suis maudite à jamais sur dix générations et je vais être bannie… D’ailleurs, vu les circonstances, je ferai mieux de déménager tout de suite et de changer d’identité dans la foulée…

L’Homme décide d’abord de détendre l’atmosphère en lâchant dans la pénombre lourde d’un silence confondu : « en réalité, ils devraient plutôt te remercier, grâce à toi, ils se sont rendus compte que l’accès à leur cave n’était vraiment pas sécurisé ! »
Plaisanterie qui tombe à plat, vous vous en doutez bien, l’épreuve qui m’attend m’a fait perdre tout sens de l’humour, L'Homme, lui, même après trois ans il ne comprendra jamais qu'il vaut mieux s'abstenir de plaisanter dans certaines situations.
Sa première initiative sans succès ne le décourage pas (c’est pas son genre et puis il a l'habitude) et, sentant bien que j’hésite, car il connait ma nature poltronne quand il s’agit de parler à des gens et à plus forte raison pour présenter des excuses (mon orgueil est démesuré, sachez-le) il décide de profiter de sa présence pour m’obliger à aller voir les gens en question et m’excuser gentiment et récupérer mes cartons.

Nous arrivons devant leur porte, sonnons, toquons, pas de réponse.
Je ne dis rien mais je suis soulagée. L’Homme veut insister, il dit qu’il a entendu des bruits dans l’appartement, c’est bien qu’il y a quelqu’un. En toute mauvaise foi, je rétorque que s’ils ne sont pas venus ouvrir, c’est qu’ils ne veulent pas être dérangés.
La patience n’étant pas son fort, L’Homme finit par renoncer et accepte que l’on batte en retraite pour cette fois. Ouf, je l’ai échappé belle pour ce soir.

Reste néanmoins un problème de taille à résoudre.

Mais si c’est pas ma cave, celle-là, la mienne c’est laquelle ?

Je décide donc d’aller voir le gardien pour lui poser la question (ce que peut-être j’aurais dû commencer par faire, je sais)
« bonchour machdemoizelleche. Votre cavche ? Mais bien chourche, ch’est fachile, c’est votre nouméroche d’appartemanche »
« Mais il n’y est pas, mon numéro d’appartement, comment je fais ? »
« vous javez bienche regardèche dans les deux locauche ? »
« … »

Pourtant, quand je prends mon courrier, je passe toujours devant la porte pareille que celle estampillée « Local poussettes » sauf que sur celle-là, c’est indiqué « Local vélo »

Jamais il ne m’est venu à l’idée qu’il y avait deux localisations pour les caves… (alors que pourtant, vu le nombre d’habitants dans l’immeuble et le nombre de caves dans le premier local, j’aurais pu me douter qu’il y avait comme un genre d’incohérence. Et on notera cette fois au passage que j’ai certes le sens de la déduction mais que ce dernier a ses limites)

Sitôt dit, sitôt fait, on va faire un tour dans l’autre local où il existe bien une cave avec mon numéro d’appartement.
Et un vieux cadenas tout pourri.
C’est malin parce que la clé de l’ancien, vu qu’on a pété le verrou, j’ai aucune idée de ce que j’en ais fait…

Toujours plein de ressources, L’Homme se souvient, lui (et pour une fois qu’il se souvient d’un truc, ça me laissera baba) il l’a mise dans la trousse à outils. Je vais donc chercher la dite-clé et reviens avec.

Ma première tentative pour ouvrir la porte se révèle infructueuse, jusqu’à ce que L’Homme me fasse gentiment comprendre que ce sera mieux si c’était lui qui le fait parce qu’il est porteur du même gène que tous les autres hommes « je sais forcément mieux faire que toi, pousse-toi et laisses-moi agir, femme ! »
Bien évidemment, lui, moins ébranlé par les récents évènements que moi arrive à ouvrir la porte du premier coup… (c'est la seule explication que je vois) 

La cave est vide, propre et nette…

To be continued... (car oui, il y a bien un nouveau rebondissement)  

19.03.2008

Le jour où je me suis transformée en délinquante juvénile : épisode 1

920699334.JPGA mon arrivée dans mon nouvel appartement à moi que j’ai tout payé de mes deniers, on m’a vendu l’existence d’une cave (oui, une, parce que un cave, y’en plein dans mon immeuble mais c’est pas la même chose et puis faut se montrer poli à l’égard des vieux croulants) et surtout, d’une cave vide.

A vous, ça peut paraître normal mais pour moi, c’était la révolution. Parce qu’avant, j’en avais bien une de cave mais quelqu’un avait jugé utile de la bourrer de planches de bois ce qui la rendait de ce fait impraticable.

Lors de mon emménagement, j’ai demandé de ma voix la plus aimable possible pour amadouer le gang des vieilles pas sympa qui règnent en maîtres dans l’immeuble, où se trouvaient les caves.

On m’a indiqué une porte estampillée : Local poussettes.
Je rentre, avise des caves portant toutes des numéros sauf celui de mon appartement.
M’en fiche, je sais qu’il y a un cadenas et que j’ai une clé, je vais tous les essayer et celui dans lequel ça rentre, hop, c’est la mienne… (on notera que j’ai un sens aigu de la déduction)

Sitôt dit, sitôt fait, j’essaie tous les cadenas, il n’y en a qu’un dans lequel ma clé rentre même s’il ne l’ouvre pas.
L’ancien proprio m’avait prévenue que le cadenas était difficile et expliqué qu’il fallait bidouiller le truc.
Je suis pressée donc je n’insiste pas, j'ai autre chose à faire.

Pire que tout, lorsque je refais une tentative, non seulement ça s’ouvre pas davantage mais en plus, je suis venue cette fois munie d’une lampe et, horreur, stupéfaction, la cave est pleine à craquer de merdes qui ne sont assurément pas les miennes (puisque celles-là, je les ai bourrés bien au fond de mon armoire et que justement, j’aimerais bien libérer la place)

Régulièrement, cette impossibilité à ouvrir ma porte à cause d’un vieux cadenas tout pourri reviendra dans la liste de mes préoccupations (on notera cette fois le haut degré intellectuel de mes préoccupations) et sujets de conversation, jusqu’à ce que L’Ex (L’Homme à l’époque) se décide à me dépanner et régler le problème…

Un oui-kend, alors que nous n’avons pas envie de travailler sur nos prod respectives avec L’Homme, après avoir glandouillé un temps dans le canapé, puis maté des DVD, et que nous discutons du truc très moche de séparation de ma cuisine (un genre de machin en plastique qui coulisse tout vilain) L’Homme (à cette époque plutôt serviable et gentil) se met en tête de le démonter afin de rendre mon intérieur plus agréable. Et vu qu'il y passait tous ses week-end on peut aisément comprendre sa motivation secondaire. (mais en vrai c'était quand même gentil)
Je le laisse faire persuadée qu’il n’y arrivera pas. (je sais, je suis une fille qui doute facilement)

Quelques longues minutes de han et d’émanation de testostérone, L’homme arrive à ses fins, il a tout démonté la séparation moche. Il propose qu’on descende les restes du cadavre pour les mettre dans ma cave en attendant le passage des encombrants.

Je lui rappelle l’impossibilité d’ouverture dont est frappée ma cave, qu’à cela ne tienne, il réquisitionne ma trousse à outils (parce que oui, je ne bricole pas mais je suis bien équipée, on sait jamais) et hop, direction la cave.

Une fois devant la porte, il essaye plusieurs fois d’ouvrir le cadenas sans plus de succès que moi – ce qui quelque part me rassure un peu.

Là, on discute des options possibles, je lui explique que j’avais pensé à acheter une pince coupante pour découper le cadenas. L’homme lui, suggère qu’on force carrément le verrou, le bois a l’air un peu pourri, ça devrait céder facilement.

Mais comme L’Homme est bien élevé il me demande l’autorisation avant. Je lui donne ma bénédiction sans la moindre arrière pensée et il éclate le verrou de la cave en quelques minutes (ce qui impressionnera bien évidemment la faible femme que je suis doublée d’une midinette, facilement troublée par les gros muscles puissants)
Contents de nous, on y charge les trucs arrachés de la cuisine et constatons l’ampleur du nettoyage qu’il va falloir faire : c’est blindé de daubes encore pire que tout ce que je craignais.

Motivés, on prend la résolution de regarder le jour de passage des encombrants et que mon héros revienne à cette occasion pour m’aider à tout transporter sur le trottoir.

Contente néanmoins d’avoir enfin un espace de stockage, la semaine qui suit, j’y déposerai plusieurs cartons de fringues que je ne mets plus mais que je ne veux pas donner.

Plusieurs fois au cours des mois suivants, on se dira que ce serait bien de, mais à chaque fois, j’aurai quelque chose de prévu ou lui et on remettra la bonne résolution au mois prochain.

En juillet, L’Homme et moi-même arriverons enfin à trouver une date commune pour mettre en œuvre notre projet : vidons la cave de la blonde. (et je passerai sur le fait que ça tombait pile le jour de mon anniversaire et que cet enfoiré me plantera en plein milieu de la soirée sans explication pour rentrer chez lui, sans doute parce qu’il s’ennuyait en ma triste compagnie ou que sais-je, je suis une femme maltraitée mais vous le savez déjà alors inutile de revenir dessus)

 

To be continued...