lundi, 21 avril 2008

Je suis futile mais je ne me soigne pas

505519954.JPGJ’aime à me considérer comme quelqu’un d’intellectuellement curieux. J’aime ressentir cette petite excitation à l’idée d’apprendre de nouvelles choses, cette boulimie de lecture, cette soif de découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles idées, de nouveaux points de vue, cette remise en cause permanente de mes convictions trop vite acceptées pour être toujours vraiment sûre de ce que je pense, cette recherche quotidienne de ce qui pourra nourrir mon besoin d’émerveillement artistique : le flottement léger après un film bouleversant, le coup de poing devant une photo captant la beauté du monde ou de ma ville préférée, la joie de relire cent fois une phrase merveilleusement construite, le rire candide devant une réplique parfaite.

Et pourtant, rien ne me plait plus que de finir un week-end, quelle que soit sa teneur, par le téléfilm bien pourri de RTL9 vers 18 heures. Pourquoi ? Impossible de le savoir. Sans doute parce que c’est rarement possible, ou l’idée d’une vague transgression ou le bonheur innocent de se vautrer dans la niaiserie sans complexe.

Dans un monde à la Hugo , je devrais n’aimer que les choses esthétiquement et artistiquement sophistiquées. Ne chercher que le parfait, le compliqué, l’exigeant.

Et pourtant, je reste persuadée que cette dose de légèreté me permet de ne pas devenir tout ce que je déteste dans le monde littéraire : pédante, prétentieuse, condescendante, snob.

Et, exceptionnellement, je ne culpabilise même pas de cet écart à l’engagement littéraire et artistique qui devrait être le mien. (alors que culpabiliser c’est mon job préféré dans la vie). Est-ce que cela m’exclura pour toujours d’un avenir littéraire reconnu ?

Très franchement je ne le crois pas, sans doute parce que je sais que je ne base pas toute ma vie dessus – même si je suis consciente des sacrifices que je commets néanmoins pour cette activité – et que cela me préserve très certainement de l’amertume si fréquente chez nombre de mes homologues apprentis écrivains qui eux ne pourront être heureux sans cette ultime consécration : avoir son nom sur un livre.

Quand finalement, et trop peu de gens le disent, être publié ne change pas la face du monde, cela n’est qu’un gros pet mouillé. La plupart des premiers romans, enfantés dans la douleur restent des anonymes et la déception de certains auteurs face à cette consécration silencieuse et dans l’indifférence générale est parfois bien plus grande que celle de recevoir une lettre de refus. (bon, sauf si elles viennent du Dilettante)