12.12.2007

Episode 21 : je me confesse à Dieu tout puissant

Ami lecteur – mais qui ne va pas le rester très longtemps – il est temps que je te confie ma forfaiture.
C’est vrai, je vis dans le mensonge – à défaut du péché – depuis trop longtemps et cela me pèse. Il est temps que j’avoue mes crimes et que tu décides de mon châtiment.
Alors voilà. Il y a un an, je passais des entretiens pour faire des formations auprès de mon nouveau bienfaiteur adoré : Walter K.
Oui, comme tu n’es pas blonde tu as compris, en fait, la série the chomeuse war, c’est du réchauffé pour qui cuisine pas.

Je m’explique ?
Allez, je m’explique quand même. La série existe donc depuis plus d’un an et quand j’ai ouvert mon blog, j’ai trouvé dommage de ne pas faire profiter mes nouveaux lecteurs de mes aventures chomagiesque qui avaient taaaant fait rire mes amis (qui eux en avaient profité en leur temps) et puis je voulais avoir d'autres avis que ceux de mes amis sur mes aventures et puis c'était plus facile de se lancer dans l'aventure blog avec un fond de texte déjà existant et puis...
Pourquoi l’avoir mis au présent au lieu de communiquer immédiatement sur l’aspect passé des choses ? La question mérite d'être posée, je sais, mais quand vous aurez lu la réponse, ça vous apportera rien : hé bien… parce que je n’y ai pas pensé (n’oublions pas que je suis blonde) tout bêtement.
Après, j’aurais pu, mais ça aurait sans doute un peu cassé le suspense.

Et alors, me diras-tu, que s’est-il passé depuis ? Nan parce que ça vaut le coup de le savoir, quand même (enfin, si tu me lis toujours ami lecteur, parce que là, tu aurais tout aussi bien pu décider d’arrêter là de perdre ton temps avec une intrigante dans mon genre) parce que depuis, moi qui devais reprendre en main un portefeuille de formation sur plein de domaines hyper sexy et glamour, j’ai un peu dévié de trajectoire, comme dirait l’autre.

Mon chef a commencé par dire « tu pourras monter quelques événements pour pallier le départ d’une personne en congé sabbatique, le temps qu’on recrute un CDD pour la remplacer »

Inutile de vous dire que le CDD n’est jamais arrivé et que la personne en congé sabbatique n’est jamais revenue. De ponctuelle, ma mission est devenue, comment dire… permanente.

Alors, c'est sûr, c’est rigolo de monter des événements dans de grands hôtels parisiens avec les croulants de la cour de Cass’ et tout plein d’avocat-ca-ca et des salles pleines à craquer de participants (c’est que j’avais pas l’habitude chez les gros rats, quand j’avais 20 inscrits sur mes événements, c’était déjà bien, alors là, forcément 100 crétins dans une salle, c’est limite orgasmique mais passons) mais c’est que c’est un peu chiant quand même, à force. Genre un boulot de potiche. Genre un boulot d'idiote de douze ans d'âge mental incapable de prendre l'initiative de bouger une virgule toute seule sur une foutue phrase qu'elle n'a pas eu davantage le droit de rédiger toute seule. Et je veux bien être blonde, mais y’a des limites.

Lundi, j’ai décidé, c'était mon dernier événement. Après, j’en fais plus et même que je me rebelle et que je dis que c’est TER-MI-NE. Si, j’en suis cap’, d’abord, je f’rai dire.
Même que j’ai décidé que j’enverrai un mail à mon chef qui n'est pas vraiment mon chef mais qui me manage quand même parce qu'ici, c'est le bonheur matriciel, pour dire que j’ai été recrutée pour faire un certain boulot, boulot que je ne fais pas aujourd’hui, que je veux bien rendre service mais qu’il y a des limites et qu’à partir de janvier, je travaille sur mon marché et mes produits et que c’est comme ça parce que de toute façon, on a prévu de faire 20% de croissance sur mon marché avec tout plein de nouveaux produits trop de ouf qui vont ratisser la concurrence mais qu’il faudra bien les lancer un jour ou l’autre, ces produits de ouf qui vont ratisser la concurrence. Et que c’est pas en montant des événements bidons sur l’avenir de la recodification du code du travail ou sur la détaxation des heures d’astreintes pour les conventions collectives de la boulangerie dans le cadre de la Loi TEPA et ses petites sournoiseries, hihihihihi, entre spécialistes, on se marre bien, enfin bref des produits qui n'ont rien à voir avec mon marché, qu'on va y arriver. 

Voilà, ami lecteur, tu sais tout, désormais. Enfin presque tout, parce que j'ai pas encore dit qu'en fait j'étais un homme, chauve, qui habitait dans la creuse et qui avait 15 ans et encore plein d'acné, mais je pense que ça ferait un peu trop d'un coup pour toi. (oui, on peut être chauve à 15 ans, j'en suis sûre)
Et puis de toute façon, tu sais pas non plus que je suis en train de faire des démarches pour divorcer de Walter après même pas un an d'union plus qu'orageuse... (dire que je me plaignais des gros rats)

09.12.2007

La revanche d'une blonde

On venait de m’annoncer que j’étais embauchée chez Walter. Le soir même, direction les gros rats d’affaires pour aller boire un verre avec une ancienne collègue comme on l'avait convenu une semaine plus tôt. Et ça tombait si bien...

Sur place, j’ai pas résisté, j’ai profité du badge d’une autre ancienne collègue pour monter au cinquième. Je me sentais en forme.

C'était pas la grande foule mais une ancienne homologue sur les marchés sur lesquels j'allais être amenée à bosser chez les Krewures me saute dessus pour demander de mes nouvelles. "oh, bah écoute pas grand chose de neuf, je finis une mission chez les gaziers et début janvier, je vais devenir ton pire cauchemar avec une marque canon et des gens qui savent ce que formation professionnelle veut dire". Ouaouh, Walter ? C'est vrai ? c'est génial !
Petit sourire modeste. Bin ouais cocotte. Toi tu viens peut-être de passer manageuse mais je préfère être à ma place qu'à la tienne (en tout cas pour l'instant)
Bref, je vais pas vous le refaire pour tout les gens que j'ai croisé, y’en a eu un paquet et j’ai eu un mini orgasme devant leur mine déconfite à chaque fois que j’ai annoncé la nouvelle. Faut dire que faire sa pétasse, ce sont des préliminaires efficaces pour ça et je ne me suis pas privée de me la jouer hyper sûre de moi, genre j'ai une vie vraiment parfaite depuis ma plus tendre enfance (et c'est terrible, mais ils étaient tous tellement déprimés qu'ils y ont cru).

Et puis on est parti boire une coupette dans un bar pas loin du boulot. L’histoire pourrait s’arrêter là, ça aurait déjà été une soirée agréable.

Alors que nous discutons, rigolons innocemment, nous racontons nos vies, tout à coup, j'entends mon prénom dit très fort dans le café. Je me retourne et qui vois-je ?
A****, l’ancienne RH (la dame qui m’a virée, donc, mais qui m’a toujours a-do-rée… moins quand j’ai négocié ma transac comme une pourrie, j'admets) qui hurle à la cantonade :

"comme tu es bêêêêêêllheuuuuu !"

Ouais, je sais. Mais faut arrêter de me le dire tout le temps, ça va vraiment finir par faire des jaloux. Et puis, tu sais, A*****, la beauté vient aussi de l'intérieur c'est danone qui l'a dit.

Contrairement à ce que j'avais supposé elle se contente de s'installer à une autre table avec d’autres gens que je ne connais pas.

C’est pas grave. On finit nos verres, et comme je suis dans une veine pouffe qui aime bien se vanter ce soir, je vais saluer A**** en partant, quand même. Elle me demande donc ce que je deviens, je lui dis que je vas bosser chez Walter sur un ton détaché très bien imité. Je le vois déglutir avec peine pendant une seconde et je laisse échapper un trèèèès léger sourire en coin (tu la regrettes hein ta clause de non concurrence pas valide parce que tu étais trop radin pour payer un vrai juriste ? Réponse : oui, dans les semaines qui ont suivi, de nouvelles clauses de non-concurrence ont été négociées dans les équipes dite « sensibles ») Préférant jouer la carte de l’affect (son grand truc) elle change de sujet : « J’aimerais bien te voir plus souvent, tu sais, depuis ton départ c'est plus vraiment pareil »
Je m’empêche de répliquer que si vraiment se faire à mon absence est si terrible, fallait pas me virer, c’est simple pourtant. Faut savoir assumer, les amis, on ne peut pas tout avoir dans la vie. Comme je ne réponds pas, elle tente le tout pour le tout :
« Et puis, vraiment, tu es trop superbe »
Je souris gentiment et réponds doucereusement :
- Merci A*****, toi aussi (mon hypocrisie de ce soir-là m'a payé une place direct pour l'enfer, je pense, mais bon, de toute façon, elle m'attendait bien au chaud depuis longtemps, alors autant en profiter pour s'amuser en attendant)
- Mais non, voyons, je ne suis vraiment pas magnifique, mais je me demande vraiment ce que tu as bien pu faire pour avoir l’air aussi radieuse, aussi belle, etc, etc (...) (je vous passe les détails, mon humilité légendaire en a rougi de confusion) mais dis-moi, quelle est donc ta recette ?

Hmmmm, là, j'ai hésité, pesé la nécessité de retenir un « boh, tu sais, une bonne histoire de cul, ça fait toujours du bien, tu devrais essayer aussi » finalement préféré ne pas trop abuser de la provocation et me suis contentée de miauler un : "C'est le chômage !" avec un air radieux de jeune mariée en battant des cils.
Ma copine a éclaté de rire, A***** s’est dandinée d’un pied sur l’autre, hésitant, avant de l'imiter tout en me regardant bizarrement, l'air de se demander avec raison à quel point je me foutais de sa gueule.
Et puis on a eu droit aux violons habituels : « aaah, je l'adore cette fille, elle est vraiment géniale » a-t-elle susurré en me caressant les cheveux. Et, comme on restait silencieuse, l’air dubitatif, elle a ajouté : « mais elle le sait... hein, je te l'ais déjà souvent dit, non? ». J'ai hoché la tête poliment et me suis mordue les lèvres pour ne pas répliquer avec un grand sourire « oui, c'est vrai, tu me l’as dit lors de mon entretien préalable de licenciement, choupette, je m'en souviens parfaitement bien, c'était juste avant que tu fasses semblant de chialer pour tenter de m'attendrir »
Finalement, de bonne soirée, c'est devenu une soirée fantastique. C'est sûr, quand j'ai reçu le mail de Miss Salami pour m'annoncer fièrement que j'étais embauchée pour un CDD, je l'ai un peu regrettée, mon arrogance de parvenue revencharde... Mais bon c'est comme dans tous les vrais bons comptes de fée, ça se finit bien à la fin, même pour les vilaines filles comme moi.

06.12.2007

Episode 20 : laste beute not liste

Cette fois on y est les amis, la der des der !  

Je vous resitue les épisodes précédents : un premier rencard Walter qui se passe bien. Suivi d’un deuxième un peu moins bon mais que je rattrape plutôt élégamment, un petit test suivi d’un rappel par Miss Salami pour que je rencontre le grand chef. J’admets, je commençais à saturer des 20 000 entretiens où on m’a posé à chaque fois les mêmes questions :
-  vous vous voyez où dans un an ? en maison de repos si on m’interroge encore une fois à ce sujet
-  et dans 3 ans ? maître du monde incontesté élu à la majorité même pas relative
-  les raisons de votre départ de chez les gros rats ? un divorce, c’est toujours moche, alors mieux vaut ne pas en parler tant qu’on n’en est qu’à la parade nuptiale entre nous parce que si tu savais la pension que je leur ai extorquée tu t’en étoufferais avec ton gouda et ça m'ennuierait que tu me claques entre les doigts avant d'avoir signé mon contrat.

Dans le même temps, un autre soupirant s’était déclaré, envoyant Sergeï pour me présenter ses respects et sa pré-proposition de mariage. L’entrevue n’avait pas été très concluante, je le sentais pas, cet autre prétendant. De moins bonne extraction que mon petit Walter, il semblait en prime ne pas bien savoir ce qu’il voulait (espèce masculine courante. Diagnostic : se tirer tout de suite, s'il ne le sait pas aujourd'hui, il ne le saura pas davantage dans 6 mois) et puis surtout, il ne m’avait pas parlé de contrat prénuptial et moi, vous le savez, sans grosse bagouze à 20 plaques, des comptes en suisse, un appart rue de vaugirard dernier étage avec vue à 360 sur Paris à mon nom et l'assurance de vivre confortablement une fois unie pour le meilleur et pour le pire, je couche pas et je signe rien.

Bref, on s’est rapproché avec Walter, faut dire que je passais tous mes lundi chez lui, forcément, ça crée des liens. Et puis un jour, après la quatrième rencard (parce que conclure au troisième, c'est hasbeen, il est temps que quelqu'un le dise) j’ai eu un coup de téléphone.

Miss Salami au téléphone… Qui me fait mariner, la petite garce, avant de m’annoncer qu’elle est très heureuse de m’intégrer dans les équipes de Walter et me propose qu’on passe devant le notaire sous quinzaine… Cela pourrait être une happy end, me direz-vous... 

Sauf que... Je sais pas pourquoi mais je me suis dit que Sergeï allait sortir une contre-propale de son chapeau rien que pour me faire douter de la légitimité de mon choix quand pourtant, les choses se décantaient enfin. Et bien non, ce n'est pas du côté de Sergeï que le danger me guettait... C’est miss Salami qui m’a offert un splendide rebondissement.
Deux jours après m’avoir confirmé mon mariage imminent (donc un beau CDI) avec Walter avec méga liste au printemps et assurance vie (enfin, une grosse participation, des RTT en pagaille, un treizième mois, des primes à ne plus savoir qu'en faire et tout plein de journées offertes par la maison, j'en passe et des meilleurs), et alors que j'avais passé mon temps à me vanter partout de mon prochain bonheur conjugal (l'épisode narrant mon indécrottable mesquinerie revancharde suit) elle m’envoyait un mail de confirmation de mon futur… PACS (un CDD, quoi) … la veille d’un oui-kend (inutile de préciser que je n’ai vu cette chose que le soir à minuit, impossible donc de téléphoner dans la foulée pour éclaircir cette histoire)

Le lundi matin, je rappelle donc Miss Salami. Qui n’est pas à son bureau. Je vous passe les tractations au standard pour avoir quelqu'un de la RH. Je finis par avoir quelqu'un au bout du fil. Mon contact, c'est miss Salami, je veux donc juste qu'on me renseigne sur son emploi du temps, genre, est-elle là aujourd'hui (la sale petite ... que je sache si ça vaut le coup que je vienne l'égorger de mes propres mains ou si je dois juste me résoudre à plastiquer son bureau) et, si oui, quand et quand je peux la rappeler pour être sûre de l'avoir en ligne. Silence gêné au bout du fil.
"Mais heuuu, en fait, Madame Salami ne fait pas partie de nos effectifs, alors je ne peux pas vous répondre"

Ah bien.

Et c’est qui alors, la Salami  ? Une intermittente du spectacle payée à faire passer des entretiens bidons aux chômeurs ? C’est un genre de caméra cachée et ils comptent le diffuser au spectacle de Noël ? Expliquez-moi, là, histoire que je rigole un peu avec vous !

Bon, en vrai, j'ai plutôt décidé d'expliquer mon cas le plus calmement possible et de demander une réponse quant à cette histoire : Pacs ? Mariage ? Mariage ? PACS ?
On dit qu'on va me rappeler. (et on dit toujours ça)

Une heure plus tard, la Salami me rappelait (et c'est là que j'ai su que c'était une femme et non un mec) pour me confirmer que oui, bien sûr, c'était mariage, pas pacs, elle s'était trompée, l'imbécile, hihihihihihi, et qu'elle était bien contente que je rejoigne leur belle et grande famille avec mon argenterie (= mon réseau), mes Kapitaux planqués en suisse (= tous les secrets des rats d’affaires) et ma dot (= les chiffres top secrets que j’ai piqué aux gros rats avant de partir), bien évidemment. Mouais, je suis pas sûre de pouvoir en dire autant, vu comment ça commence, choupette.
Dans un très grand film servi par un casting prestigieux j'ai entendu dire "lorsqu'une histoire commence très intensément, elle ne dure jamais très longtemps". J'espère que c'était pas vrai, parce que tout ces rebondissements pour rien, franchement...

N'empêche, si j'avais su que je me remarierai avec des bouffeurs de gouda moins d'un an après avoir divorcé de bouffeurs de gouda en jurant mes grands dieux qu'on ne m'y reprendrai plus... je n'y aurai jamais cru. Et puis Rueil, c'est bô. (c'est surtout ça qui m'a décidée)

Vive le gouda, vive la batavie !

La suite bientôt (parce qu'il y en a toujours une, même dans Dallas, JR ou son frère, il ressuscite)

04.12.2007

Episode 19 - bientôt le dernier épisode

Très fidèles spectateurs, nous sommes au regret de vous annoncer que suite à des taux d’audience en chute constante et un taux de marge nette inacceptable (0%) la direction des programmes de ce blog ainsi que ses actionnaires ont décidé d’arrêter la diffusion de la série the chomeuse war. C’est normal, en général, tout ce que je lance finit forcément par retomber un jour ou l’autre (et quand on y pense bien, l’explication est tellement logique que je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas eu l’idée de la glisser plutôt dans un Business Plan à ma grande époque chez les gros rats)

Prenez et lisez, ceci est le dernier épisode, enfin, bientôt. Pour couper court tout de suite à d'éventuelles réclamations, sachez tout de suite qu'entre scénaristes, on n'a pas encore tiré à la courte paille pour désigner celui va mourir à la fin de la série et qui on pourrait exploiter en spin off (on attend les réponses de son agent). C’est sûr, histoire de finir vraiment en beauté, on aurait pu le découper en plusieurs partie - c’était d'ailleurs l’idée du co-dir - car qui dit dernier épisode, dit taux d'audience record, et donc méga bastonnage de coupure pub pour se faire un max de pognon. Faut avoir l'esprit pratique. Mais à la place, on va juste vous servir cet épisode là, qui ne révèle rien, qui ne sert à rien, juste à faire monter le suspense un peu. (et j'aime ça)

Découvrez bientôt welcome à .... (je vais pas vous le dire tout de suite tout de même)...  Enfin si on a les budgets, bien sûr. Et puis après, si vous êtes sages je vous ferai d'autres révélations fracassantes sur cette série.  

 

26.11.2007

Episode 18 - séduire son futur mari grâce à business plan : outils et méthodes

Je sais, vous n’y comprenez plus rien à tous ces entretiens qui tombent du ciel, c’est pire qu’un saop, ça part dans tous les sens.

Alors je vous fais un topo rapide résumé des épisodes précédents :
1/ Miss salami me reçoit dans l’éventualité d’un maquage avec Walter Krewure
2/ Elle semble emballée puisqu’elle me rappelle le lendemain pour fixer un deuxième rencard avec les opérationnels cette fois.
3/ Dans le même temps je suis courtisée par une autre boite mais ça me semble un peu le bronx cette histoire puisqu’il n’y pas de fiche de poste  et puis c’est une boite moins connue et puis on n’a même pas encore causé du sujet qui fâche, genre le contrat prénuptial, genre mon salaire. Et moi, je bosse pas encore gratos, contrairement à ce que la maigreur de mes émoluments chez les gaziers pourraient faire croire.
4/ ma target number one reste donc Walter K. Belle boite, belles marques, me reste donc plus qu’à rencontrer ma futur équipe.

Rendez-vous est donc pris. A 18h la semaine suivante, je suis de retour chez Walter, entretien de 2 heures avec trois personnes, interminable, un vrai tribunal, tout ça pour réaliser en plus qu’on ne m’a pas donnée les bonnes infos sur la marque pour laquelle ils recrutent, du coup je n’ai pas regardé le catalogue concerné, du coup je passe pour une branque. Explicatif du poste et là, c’est le coup de foudre : un vrai job stratégique de repositionnement de gamme, c’est farpait pour moi.
Seul hic, ils ne semblent pas convaincus par mon manque de maîtrise parfaite des marchés sur lesquels je serai amenée à bosser (culture de l’édition, ça) alors que ça sert à rien de maîtriser le fond, mon boulot est marketing, je suis là pour poser les bonnes questions et donner l’impression que je saurais donner les bonnes réponses à mes futurs clients, genre répondre à leur besoin. Entre ça et l’impasse sur leur catalogue, je sors de l’entrevue frustrée, mais pas résignée.

En quelques jours, j’interroge mes anciens collègues des gros rats sur la même gamme pour avoir des infos concrètes marché/concurrence, regarde et analyse l’offre du leader du marché, analyse l’offre de Walter, interroge tous mes amis qui bossent dans la finance et le droit (et j’en ai un paquet, pour une fois que cesera utile...) ponds un mini business plan market avec quelques préconisations que j’envoie à Walter. Tant pis si je passe pour une fayote qui en fais trop, je sens bien que je dois rattraper des points, là.

Depuis ?  Miss Salami me rappelle pour un test écrit et mon business plan semble avoir fait de l’effet du côté des équipes opérationnelles puisqu’on me remercie vivement pour cette initiative intelligente même si, bien évidemment, cela ne me dispense pas du test.
J’en prends note, chéri. Je pense que je viens de marquer des points… héhéhé… Et ça tombe bien, parce que j’ai pas de nouvelles de Sergeï.

La suite au prochain épisode… puisque j'ai passé hier mon test écrit... Rappellera, rappellera pas...

15.11.2007

Episode 17 : Sergeï total psy

Voilà, j'ai été gentille, j'ai donné mes 4 couleurs préférées (en vrai, juste citées les seules dont je me souvenais, mais chuhuhuhut, hein, il le sait pas) et j'ai fini mes trois colonnes de 1 à 30 sans trompage, tout va bien. Je lui rends mes devouars et j'attends qu'on en vienne enfin au descriptif du poste. En général, ces tests idiots, on nous oblige à les faire, mais les consultants ne se donnent jamais la peine de les débriefer pour nous (et je trouve qu’il est temps que la CNIL fasse quelque chose pour réparer cette injustice). Et puis je veux connaître le nom de la boite, j'en peux plus de ce suspens insoutenable !!!! Il est temps d'y mettre un terme.

Une fois de plus, ça n’a pas l’air d’être son intention, là maintenant, tout de suite.
Non, à la place, il met les deux feuilles en vis à vis, semble se concentrer très fort, genre Ken le survivant avant de détruire le monde par la seule force de sa pensée et se lance d'un trait sans respirer :

« alors... vous êtes méthodique avez de très bonnes capacités analytiques vous êtes ambitieuse (ça c'est le rouge, j'en suis sûre !) » Il regarde l'arbre une seconde et reprend : « votre discours est ouvert et vous savez le conclure de façon ouverte et positive (ouaou, t'as vu tout ça dans un arbre, le crypto-communiste ? tes drôlement doué) vous savez vous baser sur votre expérience pour en tirer des leçons (oui, j'ai décidé d'arrêter de fricotter avec des DAF de chez Valéo mais ça m’a pas empêcher de comettre d'autres erreurs de parcours, hein) vous êtes organisée (bin t'as jamais dû voir mon bureau, toi) et vous vous plaisez dans des structures organisées (c'est pour ça que j'avais du mal chez les gros rats ?) mais si ce n'est pas organisé, vous proposez des solutions vous-même (tu veux dire que je suis capable d'initiative ? ouaouh, faudra que tu le dises à certains, on m’a reproché le contraire pas plus tard que la semaine dernière...) vous avez les pieds sur terre (c'est vrai, sauf quand je suis assise sur une chaise parce que là, ça touche jamais), vous avez le sens des chiffres (t'as pas dû souvent voir mes reportings, toi, je te conseille d'en causer à mon ancien boss, il en aurait des trucs à dire sur mon sens des chiffres) vous êtes ambitieuse (tu l'as déjà dit, Sergeï, calme-toi reprends ta respiration, tu es tout bleu, là) vous n'êtes pas au travail pour vous faire des amis (nan, c’est vrai, juste pour coucher mais personne veut jamais) mais vous aimez travailler dans une ambiance conviviale (parce que t'en connais beaucoup des gens qui aiment bosser dans une sale ambiance pourrie ?) vous savez dire quand vous n'êtes pas d'accord (tu veux dire que je sais dire le mot interdit en trois lettres comprenant deux n et un o ? ouaahhh) et vous l'argumentez toujours (des fois, aussi, je dis non, juste pour me rappeler la sonorité du mot, sinon, je risque de l'oublier complètement), vous n'aimez pas qu'on vous dise non ou qu'on vous impose des décisions sans les expliquer et les argumenter (en même temps, que j’aime ou pas, en général, ça n’a jamais changé grand-chose) pour autant, vous n'êtes pas réfractaire à la hiérarchie, au contraire (ha... je crois qu'à nouveau mon ancien boss aurait peut-être un autre point de vue sur la question, mais c'est toi qui voies, mon gars, j'ai pas envie de te contredire, pour une fois) vous êtes rigoureuse, vous aimez le travail soigné, vous êtes créative et inventive, vous êtes synthétique et analytique, vous…

Allez, j’arrête là parce que toute cette avalanche ça va finir par faire des jaloux mais ça a duré 5 bonnes minutes de pleine brouette de compliments, plus que j'en entendrais jamais dans toute ma vie, débités à toute allure.
Et là, quand même, j’ai trouvé qu’une question de fond se posait : comment est-il possible que personne n'ai vu toutes ces géniales qualités (quant à les reconnaître ou les récompenser, j'en parle même pas) depuis 29 ans et que ce soir, tout à coup, grâce simplement à un arbre mal dessiné, trois colonnes de chiffres péniblement griffonnées et 4 couleurs manquant cruellement d'originalité, ce brave Sergeï amateur de vodka à n'en point douter voit tout cela ?
Mystère et boule d'alcool de bois.

Vous vous en foutez, me direz-vous, et vous auriez bien raison, moi aussi, un peu. Parce que la vraie question que je me posais, c’était : bon, ça suffit ton suspens à deux balles, tu vas me le donner le nom de la boite ou il faut que je te viole pour que tu craches ta valda ? (et si je pouvais m'en passer ça m'arrangerait, pour tout dire)

J’avais pensé à pas mal de choses, mes anciens concurrents, même Walter Krewure. Non, rien de tout cela. Arrrrrzo, c'est oune pétité éditttoreu hhhhallémandeu. Dont je ne citerai pas le nom par respect pour eux (et puis que peut-être, qui sait…) et pour y faire quoi, me demanderez-vous ? Je vous le donne en mille :

De l'édition.
Hé ho, le trapéziste du cirque bolchoï, tu m'as écoutée tout à l'heure ? Tu sais que ce que je faisais avant c'était de la FORMAtion ? Oui, je sais, ça finit pareil, mais c'est pas tout à fait la même chose, en vrai, quoi qu'on en dise chez les gros rats d'affaires.

Il m'a dit que je convenais parfaitement pour bosser là-bas (ça, c'est ma structure mentale très germanique : bien / pas bien, rien au milieu), mais que les postes n'étaient pas encore figés. Parce qu’il y avait une réorganisation en cours, sa mise en place programmée pour décembre.
Ah bin il serait peut-être temps de se bouger les fesses, les amis ! Allez, allez, ça suffit, on arrête de s'empiffrer de strudel au pommes accompagné de choucroute en regardant Derrick et on se met au boulot !!!!
Et puis c’est bien, les réorg, je connais, je pourrais donner mon retour d’expérience sur la gestion des cloisons mobiles et du choix des ouvriers, tout ça.
Allez, la suite au prochain numéro...

14.11.2007

Episode 16 : dessine-moi un mouton

Rappel de l'épisode précédent : Je me suis rendue à un entretien en traînant des pieds et en plus l'odieux rustre d'extraction Lettonnienne ou un truc du genre qui me reçoit à le culot d'être à la bourre. Comme je suis sympa, je ne me casse pas au bout de 10 minutes d’attente insupportable, la curiosité l’emporte sur le reste, je veux savoir quelle boite mystérieuse veut me proposer un poste tout aussi mystérieux.
Le consultant moldave me fait d’abord parler de mon expérience pro ou ce qui en tient lieu puis de ma vision du business (pas mieux)
Et, alors qu’il m’agitait sous le nez la fin du secret insoutenable sur le poste et la boite, il me dit :

- ...Mais avant, on va jouer un peu.
Youpiiii !!! on joue à saute-tchetechène ? Ou Staline et Lénine sont dans un bateau, d'abord ?
- Dessinez-moi un arbre.

Eh merde !
C'est le grand classique des années 70 ce truc idiot de recruteur has been. M'étonne pas que tu l'utilises encore, l'attardé, tiens !
Qu'est-ce qu'il faut répondre, déjà, pour avoir juste ? Nan parce qu'habituellement (mais j'avoue ça date alors c'était peut-être justifié) avec ce test j'étais immature, ancrée dans le passée et psychorigide et, je peux me tromper, mais je suis pas sûre que ce soit la meilleure image à donner pour un entretien de chef de produit, même sur la formation, même pour un biélorusse mal dégrossi. A la limite, si je devais être comptable pourquoi pas, mais je crois pas que ce soit ce pour quoi je suis là, en vrai.
Bon, voilà, je dessine mon arbre sans réfléchir, me souvenant juste que, même si on précise arbre frutier (et à plus forte raison si on ne le précise pas) il ne faut pas rajouter de cerises ou de pommes dedans. De la même manière, il ne faut surtout pas dessiner de racine. (ouf, on a eu chaud) La psychologie professionnelle se passe du sens de l'observation de notre monde concret, c'est dur à entendre, mais c'est une réalité, faut croire.
Je lui rends donc mon dessin, contente de m'en être sortie à si bon compte et il note que je suis gauchère « bin oui, chéri, c'est la seule chose qui me rende redoutable au tennis quand je rate pas la balle à cause de mon astigmatie. Allez, active, c'est pas tout ça, mais si je suis ici, c'est juste pour mettre fin à un gros suspens et là, tout ce que je suis en train de faire, c'est louper Newport Beach sur TF6, alors ce serait bien qu'on passe à la vitesse à la vitesse supérieure, coco »
 
- Maintenant, vous allez me faire trois colonnes de chiffres allant de un à trente.

Heiiiiin ? De quoi ? Combien de colonnes ? Non, non, noooon !
Il va voir que je sais pas compter et du genre à me rendre compte trop tard que j'ai plus la place de finir, genre désorganisée, genre ça craint.
Bon, commençons par le plus facile, je fais trois colonnes et même que, fulgurance inouïe, j’anticipe sur comment faire en sorte que les trois colonnes soient de tailles équivalente. Je suis trop forte.
Oui mais après ? Réfléchissons... Comment organiser le mieux possible cette histoire ? Parce que j'ai échappé de justesse à l'immaturité tout à l'heure, mais l'incapacité à prévoir, pas responsable la fille, cette fois, je vais y avoir droit... comment faire pour pas me retrouver à 20 en bas de la première colonne ? Idée de génie, je fais des marques à chaque tiers de colonne pour mieux estimer l'espace à dispo. Pendant que je m'applique à compter avec attention 1, 2, 3 heuuu, non pas soleil... 4, 5... le bougre me demande quelle est ma couleur préférée, histoire de me faire tromper.
- Le bleu réponds-je sans hésitation. Ouf, elle était facile celle-là. Je sais pas ce que ça signifie, mais au moins c'est sincère.
- La deuxième ?
Ho ! tu me gonfles, l'arriérés communiste. Laisse moi compter, 7, 8, 9....
- Le rouge, dis-je, supposant vaguement que ça doit signifier la passion et préférant pas savoir ce que ça peut sous-entendre professionnellement. 11, 12, 13...
- La troisième ?
 Rhaaaa, arrêteu ! 14, 15, 16 j'en sais rien, moi, merde ! Je m'habille en noir et blanc tout le temps, je vais pas dire le noir, sinon on va me prendre pour une sataniste au mieux ou quelqu’un de négatif au pire. 17, 18, 19, 20... voyons voir... 21, 22, 23... Alors que je suis pas négative en vrai j'ai juste conscience des réalités de la vie et des humains... 24, 25
- Le jaune ! (Parfait, ça, comme les cocu, ça me va super, merci J-man, tu m’auras servi à quelque chose finalement)
- Et la quatrième ?
  ??? T'as l'intention de me faire réciter tout l'arc en ciel, comme ça ? 26, 27, 28, nan parce que je vais vite sécher, je te le dis... 29, 30 ouf, une colonne de faite ! on recommence !
1, 2, 3 (soleil) 4, 5, 6...(J'hésite)... et si je répondais rose avec un sourire de greluche, rien que pour voir comment ça rebondit en face ? 7, 8, 9 (poil aux ?)... mmm, non, le bolchévique ne saura sûrement pas apprécier ma plaisanterie à sa juste valeur ... 10, 11, 12...(c'est une bouse... Bon je sais c'est pas terrible, mais j'ai pas trouvé mieux comme rime)
 

- Le vert ! (Très bien ça le vert, signe d'espoir, parfait.)

La suite dans quelques instants....

13.11.2007

Episode 15 : de l'alcool au RH, c'est bô une reconversion

Allez, il est temps que je vous parle enfin de ma merveilleuse rencontre avec Sergeï…

Jour J. je suis super claquée, vraiment pas motivée pour me traîner sur les champs dans un nouveau cabinet impersonnel. Encore et toujours la même rengaine, je peux prévoir à l'avance les questions qu'on va me poser, les réponses que je vais faire, j'en ai marre de me répéter tout le temps, plus ça va et plus je suis obligée d'y mettre de l'enthousiasme bidonné et c'est pénible : j'ai l'impression d'être un acteur en pleine promo pour son nouveau film, la célébrité et le glamour des plateaux télé en moins.
Pour couronner le tout, non seulement j'ai pas de cerveau (note pour plus tard : ne plus se beurrer la veille des entretiens de recrutement), une motivation pour vendre mes talents proche du zéro absolu mais en plus ils sont en retard ce qui a le don de m'exaspérer.
C'est pas grave, je me plonge dans Biiiiiiiiiip (je vais pas encore citer des marques) avec un air boudeur et prends mon mal en patience. Et pis après tout, on avait dit que c’était juste pour le fun puisque y'a déjà des mangeurs de gouda qui me courent après. Si, si, si.
Au bout d'un quart d'heure, un gros mafioso russe ou roumain (je sais pas encore et je me demande même s'il n'a pas aussi un tiers de sang polak...) vient me chercher avec un accent moldave très prononcé.
Ouuuh ! Haut les coeurs ! On va bien se marrer, c'est la fête !
Et le buveur de vodka de s'excuser de son retard.
Bien ! Tu viens de gagner deux point sur les trente que tu as perdu tout à l'heure...
mais reperds 150 en essayant de se justifier :  « j'ai envoyé des mails »
Ha bin oui, gros lourdaud, t'as raison ! Moi aussi, j'avais des mails à envoyer aux copains c't'ap, mais à la place, j'ai quand même préféré faire mon travail, parce que c'est pour ça qu'on me paye, en vrai, même si c'est avec un lance pierre. Tu saisis où faut que je te donne un exemple chiffré en rouble avec des verres de vodka pour t'aider ?

Bon, j'avoue, comme on n’est pas encore intime, je me contente plutôt d'adresser un sourire idiot tout en hochant la tête d'un air entendu au serbo-croate. On sait jamais. Il a peut-être des grands frères et des cousins et serait bien foutu de piquer mon passeport avant de me coller sur les grands boulevards. C'est peut-être même pour cela que jusqu'à maintenant, le nom de la boite pour laquelle il recrute est resté secret et le profil du poste tout aussi vague.
S'en suit un silence pesant pendant lequel il a tâché de me dérider en expliquant que le second semestre c'est toujours le bordel. J'évite de répliquer : « à qui le dis-tu, mon pauvre Sergeï les boites se sont données le mot pour toutes chercher à me faire passer des entretiens en même temps, j'en peux p'u vivement que je retrouve la sérénité du chom'du, je te le dis. C'est pas tout ça mais c'est que j'ai un roman à corriger parce que la fin est pourrie, deux autres sur le feu et une place à prendre en tant que chroniqueuse star chez Playboy à défaut de FHM vu qu'y z'ont ré-embauchée Clara morgane pour donner un air plus féminin à leur ligne éditoriale (no coment) peut-être que Playboy en réponse m'embauchera pour donner une ligne moins vulgaire à son torchon... comme tu vois : j'ai du taf »

Ouf, ça y est ! On arrive au bon étage et le tchétchène m'installe dans un sale bureau tout vilain en aveugle alors que l'immeuble était méga classe à deux pas des champs... Finalement, le trafique d'alcool de bois depuis que la prohibition est levée en Russie, ça rapporte plus autant qu'avant, faut croire. Ça part aussi bien qu'un rancard arrangé avec un beauf qui s'y croit.
Là, il regarde mon CV attentivement puis, il commence à lire péniblement :

« Haaaalaurrr'… Jouuuuuliiiii euuuuu  DOUUUUUUUBOOOOOOOOOSSSSSEU...
(heuu… oui, oui, si j'ai bien compris, c'est moi, même si des fois j'aimerai mieux que non)
- Vous êtes née le *** à ***
(et allez ! Je vais encore avoir droit à l'entretien pour future belle fille, quelle chiasse)
- Célibataire-mariée-en-concubinage ?
Stupéfaite quelques secondes, je le regarde les yeux ronds. Ah ouais ! Tout de suite, toi, on voit que t'es un homme. Pas de badinage idiot sur la profession de mes parents pour lancer la conversation : droit au but ! Pas de problème, ça me va aussi :
- Heuuu, non. Pas tout ça à la fois : célibataire, ça me suffit.
Il a souri.
Noooon ! Ce type connaît la subtilité du second degré ? Bravo ! Aller, c'est bien, détends-toi Sergei, bon chien. Et n'oublie pas d'enlever ton doigt de la kalachnikov, ce sera encore mieux, tu veux bien ?

Là, il retrace mon parcours scolaire puis me demande de parler de mon expérience professionnelle.
Petit blabla habituel : quand j'étais chef de produit je montais des prog de formation à la chaîne, c'était bien et quand j'étais chef de marché, je faisais des reporting et des relookages extrêmes sur mes produits avec des nouvelles théories fumeuses à la ouane againe sur la cible sa vie son oeuvre.

Le midi on allait déjeuner à la cantine tous ensemble et on déménageait les bureaux souvent, on disait faut faire du chiffre alors on augmentait les tarifs, en septembre on faisait des budget le vendredi encore saouls de la veille, en janvier on disait c'est l'année de la marge et en mars on disait c'est l'année du chiffre d'affaires, bref, on rigolait bien chez les gros rats.
Ensuite on cause de la structure des gros rats, comment ça fonctionne... Je lui réponds, pensant à part pour moi « enfin si on part du principe que ça fonctionne, hein, Sergeï, mais ça c'est un autre problème ».
Puis, après cette courte interrogation intérieure aussi soudaine que pénible, il me pose une ultime question piège :
- eeet, sinoooon, il y a combien de marchés chez Les gros rats ?
- bin écoute, le bas du front, ça va être difficile de te répondre parce que, non content de changer de nom régulièrement pour échapper au fisc, mais tu dois connaître ça avec ton business de filles de joie, en plus, on se faisait restructurer tous les six mois. Et puis, là, ce serait encore plus téméraire de te donner un chiffre, même approximatif, parce qu'il y a une pénultième réorg qui va être annoncée demain qui risque encore de tout changer. Ou rien d'ailleurs, c'est selon le budget qu'on avait pour les consultants payés à dire des conneries sur des slides tout pourris.

D’accord, j’admets, à la place, je balance plutôt une idée reçue très prudente avec un air convaincu parfaitement bien imité et, une banalité en entraînant une autre, on en vient à causer business.

Comment je relooke, comment je fais ma veille marché, comment je sens la cible et le marché : fait-il caca mou ou dur en ce moment ? Aime-t-il sa nounou (ie les actionnaires en floride) se sent-il prêt à grandir (ie est-il mature ou en pleine expansion ?) est-ce qu'il se prendra des jets de pierres à l'école (ie est-il crédible face à ses pairs et donc a-t-il besoin de formation plutôt dur le fond ou sur le métier ou les deux ?)... j'en passe et des meilleures...

Après une bonne dizaines de minutes de discussion où j'ai fait la fille qui maîtrise son marché alors que ça fait six mois qu'elle ne fait plus partie du système, il me dit :
- bon, je vais vous présenter le poste...
haaaaaaa ! Quand même !!!!! Il était temps, je piaffe d'impatience depuis une semaine, moi ! En plus je déteste parler de moi, de mon job et de mes ambitions ou de mes plans de carrière sans savoir ce sur quoi je suis en train de postuler : on a le sens marketing ou pas.
- ...mais avant, on va jouer un peu.
- ...
 

COUPURE PUB.

La suite dans quelques instants. hahahaha !

10.11.2007

Episode 14 : même pas mariée et déjà un amant, je suis la reine des abeilles !

Ce que je ne vous ai pas dit la dernière fois, les amis, c'est que tandis que Miss Salami me rappelait pour un deuxième round chez Walter Krewures, j’ai eu un autre coup de fil intéressant (je sais je suis une odieuse cachottière)  : un cabinet de recrutement.
Ça change, c'est bien.

Qui me propose un poste de chargé de projet formation.
Ouh, bin ça faisait longtemps, ça, dis donc. Ça ne recrute donc plus au rayon charcuterie de l’Intermarché en bas de chez moi ?


Comme vous vous en doutez, je n’ai pas eu l’honnêteté la mauvaise idée de préciser que j’en étais déjà par ailleurs au deuxième rancard avec un certain Walter K. en vue d’un futur mariage.
Après tout mon fiancé potentiel ne voudra peut-être pas de moi finalement, parce que bon, tu vois, on s’entend bien mais je pense qu’on est davantage fait pour être ami, alors on ne va pas aller plus loin, c’est mieux. Comment ça je fais des références l’EX ? Nooooon, pas du tout. C'est pas du tout pareil, l’Ex il m’a fait le coup du oui puis non trois fois en deux ans, on n'en est pas encore là avec Walter, même si j'anticipe (oké, je le sais, inutile de me le dire : c'est bien beau de faire la fille qui anticipe quand elle a été assez conne pour se faire enfler trois fois, mais l’amour rend con, et déjà qu’à la base une blonde, c’est pas gâté coté neurones…) Mais ne nous égarons pas. Tout ce que je voulais dire c'est que dans le contexte actuel, une petite aventure ne me fera pas de mal entre temps, ça me détendra, histoire que je sois vraiment en forme pour mon futur promis (un jour, je causerai de la technique du fake date) et notre deuxième rendez-vous romantique (puisque le troisième, c’est celui où on passe à la casserole, autant lui en donner envie dès le deuxième, non ?)

Revenons à notre aventure extra-pré-conjugale un peu
exotique. Parce qu'elle l'est. Car tout ce que j'ai le droit de savoir à propos de mon prochain futur amant c'est qu'il est :
1/ Un groupe étranger... : aaah, non, alors ! Pas encore des bataves, y'en a marre maintenant !
2/ Spécialiste de l'édition professionnelle : mouais, j'en connais d'autres qui prétendent ça
3/ Qui veut développer sa division formation : qui ne le veut pas ? A part les Gros Rats d’Affaires qui s'acharnent à planter la leur depuis 4 ans
4/ et... un concurrent des Gros Rats ... haaaa ? Ça se précise.
En même temps, y'en a qu'un et je viens de passer un entretien chez eux, alors là, je suis un peu perplexe... on m'aurait menti ? Il y a un autre requin dans l'aquarium ? Et je ne le savais pas ?

Je sais pas ce qui se passe en ce moment mais les entretiens s’enchaînent. Pourtant, j’ai rien fait de différent par rapport à d’habitude, comprends pas. N'allez pas me traiter d'ingrate, je vais pas me plaindre. Je me contente juste de noter cette évidence : en amour comme en affaires, il suffit d’être courtisée par un, et la terre entière vous veut.

07.11.2007

Episode 13 : voir Rueil et mourir - Part II

Après ce premier interrogatoire en règle, j'étais déjà épuisée et Miss Salami ne passait qu'au sujet qui fâchait vraiment : les gros rats d’affaires.

 

- Mes résultats ? Super bons, y’a pas à dire. Surtout la première année quand j’ai récolté les fruits de mon prédécesseur et une fois que je suis partie. Entre les deux, ça a été une autre histoire et on a fini par m’appeler Attila car là où je passe, les marchés trépassent. Et puis tu serais gentille de pas insister sur la question parce que Walter a lancé ces années là des gammes complètes de produits sur MES marchés, en cassant les prix et avec une marque hyper forte et implantée chez MES clients, alors forcément, je me suis un peu faite ratisser.  

- Mes missions ? Eviter de tomber dans les poubelles ou de casser des tables, inventer des nouveaux thèmes bidons, faire, refaire et re-re-faire mon reporting chiffrés… Me creuser les méninges pour trouver un truc à dire dans mon reporting d’activité. Pour résumer.

- Mon départ ? C’était bien, on a bu du champagne. Licenciequoi ? Allons, allons, pas de gros mots, je vous prie.

- Mes qualités ? Y’en a trop, arrête tout de suite, tu vas te faire du mal pour rien.

- Est-ce que je suis du genre à respecter les délais ? Mais oui, parfaitement, bien sûr, toujours. Demande à n’importe qui : mes chefs successifs, les 4 chargés de marketing que j’ai épuisés au cours de mon mandat et même ceux qui n’ont jamais bossé avec moi, les imprimeurs, tout le service PAO… y’en a pas un qui aura oublié.

- Est-ce que je m'entendais bien avec les avocats ? Bin non, ils arrêtaient pas de m’envoyer des fleurs, des bouteilles de vin et de m’inviter à dej, c’était ultra pénible. (et puis les avocats, c'est bon, surtout avec des crevettes)

- Comment je me faisais respecter d'eux ? bin en couchant, pardi.

- Des difficultés rencontrées avec les clients ? Jamais, quelle idée, on était tous super potes et j’ai jamais insulté qui que ce soit après un coup de fil.

- Quel est mon plus gros défaut ? Je suis mauvaise perdante (toujours mieux que complètement désorganisée) 

- Comment je le canalise : ben j’envoie le monopoly à la tronche de celui qui vient de me ratisser, en général. Ça évite à la situation de s’envenimer davantage et que j’en vienne à le traiter de sale tricheur.

Et pour le poste :

- En quoi je peux faire la différence ? Je suis follement drôle et, au pays des Krewures, ça peut pas faire de mal. Crispin dira pas le contraire. (Crispin, si tu m'entends...) 

- Qu'est ce que je peux apporter à l'entreprise ? … heuuu… Mon sens de la mode ?

- Quels sont mes savoir-faire utiles pour eux ? Je suis super forte en cake.

- Qu'est ce qui me plait dans les missions ? J'ai toujours adoré monter à la chaîne des prog de formation auxquels je pane rien et en fisca, marché public et agroalimentaire, y'a du potentiel. 

- Qu'est ce que je recherche dans une boite ? Hum. Des valeurs humanistes ? J’ai juste ? Bon d’accord, en vrai je veux des actionnaires qui font de la cellulite en Floride en gueulant "double digit" toutes les cinq minutes (Crispin, once again, si tu m'entends...)

- Et dans une équipe ? Des pétasses pénibles, des gens lourdauds à deux neurones, des nanas qui parlent de péridurales à longueur de temps, des colliers de barbe. (toute ressemblance avec des pourvoyeurs de gaz serait purement fortuite)

- Où je me vois dans quatre ou cinq ans ? ouuuh ! la question qui tue. Avec une cirrhose ? En train de courir entre Elle et FHM ? Les doigts pied en éventail à Bali ? Finissant mon 3ème roman ? Lançant mon premier magazine ? Le choix est vaste et j'ai pas encore décidé.

- Et dans un an ? Sourire ravageur : en train de commencer à vraiment me sentir à l'aise dans mon nouveau poste. T’as compris l’allusion, poupée, ou faut que je te fasse un dessin ?

Le lendemain, on m'a rappelée pour un deuxième round. Sera-t-il suivi d'autres ? Sais pas encore et je ne m'en fais pas trop, c'est seulement au dernier qu’ils décident de me jeter, de toute façon, je sais comment ça marche maintenant.

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