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29.09.2007

Le plan de formation de l'usine à gaz - Part II

La prévention/sécurité, chez EDF, ça rigole pas (en même temps, s’il faut se farcir, rien qu’un diplômé du permis super lourd par équipe, ça peut se comprendre : le taux de suicide ou d’accident doit être très alarmant) y’a plusieurs choses pas mal, notamment la formation best of versus EDFGDF « Gestes et postures ». Ze formation que tout le monde suit au moins une fois chez EDF.
Oui, oui, c’est important, on sait jamais. En se tenant mal avachi devant son ordinateur, on risque des gros problèmes, sans parler de la tendinite du téléphone, hein, à force de raconter 20 fois la même histoire par jour, on se fatigue, et puis ça fait mal au bras de tenir le téléphone. Je comprends.
Dans la série, j’aime beaucoup, la formation de 28 heures sur le thème : « grue auxiliaire ». Ouaouh. Voilà une boite qui ne se cache pas d’être un sale maquereau. Mais qui prends soin quand même de « ses gens ».
C’est beau. Nan, parce que c’est vrai, et on en parle pas assez, je vois pas pourquoi les grues ne devraient pas, elles aussi, avoir des problèmes de santé. Donc au cas où, c’est mieux d’en prévoir une autre. Et une fois qu’elles sont trop vieilles, hop, direction la formation Recyclage Grue, faut pas gâcher. Bon par contre, là, c’est plus long, 70 heures, et ouais, faut ce qu’il faut. Reste à savoir ce qu’elles deviennent par la suite… Mystère. Elles retournent en Roumanie, sûrement.

Enfin, le meilleur pour la fin, une formation, uniquement trouvée sur les centres hyper sympa (type Pantin et compagnie) il y a, en plus de la traditionnelle formation violence agression, un complément : prévention risque agression encadrants » Ouaou, ça rigole pas… Mais ce qui n’est pas dit, c’est qui on forme à ce stage. Les managers, face à un coup de sang d’un intérimaire, par exemple, qui supporte plus un détenteur du permis super lourd, ou les « agents » qui pourrait éventuellement se faire agresser par un manager devenu fou ?

Je mène l’enquête.

28.09.2007

Le plan de formation de l'usine à gaz - PART I

Moi, je connaissais, à la limite, les formations pour permis A, B, C et permis poids lourds. D’accord, ça n’a rien de méga original, mais jusqu’ici, je comprends.

Mais attention. Chez EDF-GDF, ils ont aussi des formations pour les permis… super lourds. Là, je m’interroge pas mal, quand même. C’est quoi ce permis ? Ça m’intéresse ! Ça veut dire qu’une fois qu’on a passé l’examen, on a la permission d’être un gros lourd ? Naaan, parce que si c’est ça, j’en connais au moins une dans l’équipe qui a re remporté haut la main l’épreuve. Notamment dans les matières :

- « j’aime parler pour ne rien dire », je plante mon fichier excel en faisant n’importe quoi et je te demande de tout lâcher pour me dépanner, c’est normal, l’intérimaire, t’es là pour ça » ou encore mieux,

- « je répète vingt fois par jour la même chose à un maximum de gens au téléphone en en faisant profiter les voisins ». Parce que moi, je risque plus d’ignorer qu’elle va bientôt avoir une petite fille qui s’appellera Flora, tu sais comme la célèbre actrice Flora Tristan, et que sa voisine, ça y est, elle est grand mère aussi, d’une petite Camille qui est joli aussi. Pour info, dans le XIVème, une place porte ce nom, c’est juste à coté du CFPC (il y de ces coïncidences dans la vie, quand même…) et quand ces E…. m’auront jetées, je compte bien plastiquer l’immeuble et si je pouvais faire un sort à Flora Tristan au passage, je pense que je me priverai pas, faire d’une pierre deux coups, c’est bien.

La suite au prochain épisode... (je sais c'est palpitant)

27.09.2007

On se marre bien chez les gaziers

Souvenez-vous, je viens de passer du camps des vilaines chômeuses qui vivent sur le dos des honnêtes citoyens à celui des contrats précaires… Et depuis ?

Il y a eu le premier jour une réunion apocalyptique pleine de tension lors de laquelle une dame, après avoir vivement incendié easy rider, m'a lancé un très ironique « bienvenue chez EDF-GDF ! » qui m'a fait croire pendant quelques secondes que ces gens là n'étaient pas dénués d'humour... Je vous rassure tout de suite, ça n'a pas duré longtemps. Juste le temps qu'on nous explique de rester dans nos bureaux parce qu'il y avait des colliers de barbes (alias les syndicalistes maison reconnaissable entre tous à leurs jolis colliers de barbe) qui avaient fait une descente en réunion pour bastonner du cadre RH et qui éraient dans les couloirs pour améliorer leur score... Ah ouais... le dialogue social c'est un vrai sacerdoce, chez eux...

Il y a aussi eu la découverte très édifiante des codes secrets comportementaux que tout le monde semble considérer comme évident et de notoriété publique, et surtout, ces deux nouvelles langues étrangères : l’EGD (le pôle distribution d’EDG-GDF pour les intimes) et le plaque Paris. Mais promis, je ne vous embêterai pas avec ça.

Dans les prochains épisodes, vous aurez l’occasion d’apprendre que chez EGD, on travaille essentiellement sur le Q (dit avec beaucoup de naturel et de détachement, ça peut être limite déstabilisant) que nous ne sommes pas des salariés ni même des agents, mais des KGD (le mystère de ce sigle reste non élucidé à ce jour), que sur les formations, il faut toujours prévoir des inscriptions d’agents fictifs…

25.09.2007

L'intégration, chez les pourvoyeurs de gaz c'est beau

Deux jours après mon arrivée, je vais chercher mon badge d’accès dans les bureaux de la logistique. Oui ! merci mon dieu, j’existe quelque part ! enfin !
Le moustachu me salue gentiment puis se met en tête de m’expliquer, avant toute autre chose les règles de sécurité à respecter :
-il ne faut pas le prêter (à qui voudrais-tu que je le prête, petit malin ? Personne me parle à mon étage !)
-même pas à vos amis, car si quelque chose arrive avec votre badge, c’est de votre responsabilité (qu’est ce que tu crois ? que j’ai l’intention d’organiser un technival au 7ème le soir même ?)
Sur ces bonnes paroles, il me remet le précieux sésame et me souhaite la bienvenue. 
C'est le seul qui prendra cette peine. Et j'étais tombée tellement bas que ça a ensoleillé ma journée.
Alors qu'en fait, il s'en foutait, comme les autres. En bon moustachu qui se respecte, il devait juste être bourré et m'a confondue avec quelqu'un d'autre.

22.09.2007

Etre dans le vent

Oké, j'admets, j'ai mis environ 25 ans à être "in" et fachonne et tout ça mais c'est pas de ma faute si j'ai grandi dans la cambrousse avec des principe d'éducation hammish.

En tout cas, passé cette petite intro hyper geignarde pour tenter de faire croire que j'ai un passé d'enfant battue (j'aime qu'on me plaigne, il parait que j'ai un complexe de victimisation surdéveloppé mais ce n'est pas l'objet du débat) j'ai une révélation à vous faire les amis, parler de blog, c'est ringard.

Bin oui, soyons logique, la pratique s'est démocratisée, toute la presse se rengorge de blogosphère et autre bloger et tout et tout. Les vrais branchés n'admettent pas que leur mode soit celle de tout le monde. Non, être à la mode pour eux c'est une faute de goût, la mode, ils ne la suivent pas, ils la font.

Sachez donc qu'on ne parle pas de blog mais de burp. qu'on ne dit pas blogosphère mais burposphère et de la même manière, on ne dit pas blogeur mais burpeur (jusqu'ici c'est logique)

Maintenant que j'ai révélé (oh scandale !) l'info croustillante des branchés de la burpo/blogosphère, c'est triste, ils vont devoir se gratouiller les méninges pour trouver un nouveau code rien qu'à eux.

Je sais c’est de la haute info mais les boites font pas passer d’entretien le samedi, j’y peux rien… Et puis faut pas se plaindre, pour une fois c'est court... Allez hop je me casse en oui-kende

21.09.2007

Episode 10 : nous vous devons plus que la lumière - suite et fin

Aujourd'hui, 10h, l’heure du crime : je fais mon entrée dans les locaux d’EDF-GDF.

Au bout de quelques minutes une petite jeune, l’air pas très aimable, vient me chercher. Au septième, nous sortons enfin d’un ascenseur brinqueballant et tout de suite, les locaux sont beaucoup moins classes que le hall, genre vieille CPAM très-très-très défavorisée.

Voilà qui doit donner envie de venir bosser ici tous les jours, je comprends la mine de la petite demoiselle. Qui s’empresse de me traîner à toute allure dans des dédales de couloirs auxquels je ne comprends rien. Et mais si tu veux me perdre, choupette, tu le dis tout de suite et tu m’abandonnes ici. De toute façon, là, je serai déjà incapable de retrouver le chemin de l’ascenseur, et encore moins, si jamais par miracle j’y arrive, de me téléporter jusqu’aux portes de sortie, parce que ça a l’air d’être aussi labyrinthique en bas.

Alors que je serre la main d’une autre dame, une évidence me foudroie : compte tenu de mon sens de l’orientation légendaire et de la configuration des bureaux, c’est obligé, si je viens bosser ici, je serai obligée d’appeler quelqu’un à l’aide, incapable de retrouver mon chemin dans ce dédale infernal. Et vu que ce sera l’heure de leur pause, personne ne répondra et je crèverai dans un coin de couloir. C’est sûrement pour cela qu’ils ont besoin d’une intérimaire d’urgence : la précédente est portée disparue.

Le responsable n’étant toujours pas là, coincé en réunion, son adjointe semble un peu perdue, elle ne sait pas quoi faire pour meubler en l’attendant. Bin, je sais pas, moi, présente moi le poste, par exemple, on gagnera du temps, parce que jusqu’ici, ça reste quand même super mystérieux, comme job.

Hé bien, c’est une mission d’« animatrice, sur la plaque paris ».

Woaow. Et l’animatrice, elle fait quoi ? Passe des coups de fil cochon aux syndicalistes pour les distraire et maintenir la paix sociale ou anime des formations sur Excel (puisque je suis sensée maîtriser ce logiciel, peut-être que ça vient de là) Et la plaque Paris, c’est quoi ?

J’ai juste le droit de comprendre grâce à des allusions embarrassées très-très sibyllines qu’on dit animatrice à la place d’assistante, parce que ce mot est considéré comme très vilain, une insulte vraiment grave. Elle ne m’en dira pas plus, elle veut que le responsable soit là.
C’est super, ça, j’aime beaucoup ce sens de l’initiative plein de dynamisme.
« Le chef » finit quand même par faire son apparition : un grand gaillard d’au moins deux mètres et aux dents pourries par quarante ans de tabagisme forcené dans un déguisement de motard. Après les locaux de la CPAM, les hell’s angels versus fonctionnaire, on n’est pas sorti de l’auberge !

Dans mes souvenirs, quand on passe un entretien de recrutement, le candidat se projette dans le poste pour montrer sa motivation et son savoir-faire, le recruteur parle du candidat au plus que conditionnel.
Pas ici. Au lieu du traditionnel « si vous êtes retenue » j’ai eu droit à « si vous acceptez de rejoindre l’équipe, vous… ». Bon, comme j’aime pas entuber les gens et puis aussi que c'est toujours plus fort que moi, faut que je cherche la casse pour voir où se situe le point de rupture, j’ai quand même précisé que j’étais sur des pistes de CDI et que si on m’appelait, je n’allais sûrement pas dire non, et que j’espérais qu’ils comprenaient. Ça a bien semblé les inquiéter un peu, mais ils ont eu le culot de me répondre « on est prêt à prendre le risque… Mais on espère que personne ne vous rappellera pour un CDI » Ah bon merci, toi t’es coule !

Mes compétences en formation ou sur Excel ? Il n’en a pas été question une seconde.

Alors j’ai voulu en savoir plus, demandé quelle maîtrise exactement fallait-il avoir de ce charmant logiciel. Le sourire a été entendu mais la réponse plus que vague. J’ai fortement soupçonné easy rider de ne pas du tout savoir ce qu’il fallait maîtriser ou non pour occuper ce poste dit d’animatrice plaque Paris.
Tant pis pour eux, il sera toujours temps de préciser ultérieurement qu’à part recopier les mauvais chiffres aux mauvais endroits, faire des sommes avec les mauvaises colonnes et ajouter une case commentaires pour dire « on ne fait pas les chiffres ce semestre » bin, je sais pas grand chose d’autre d’excel.

J’ai un peu fait traîner, parce que c’est toujours agréable de se faire désirer, et puis j’ai fini par dire oui. C’était pas tout ça, mais j’avais un apéro le soir et j’avais pas que ça à faire non plus. Une demi-heure, c'était déjà trop long pour ce simulacre honteux d'entretien. C'est monsieur Lesain qui avait raison de vouloir me faire commencer tout de suite, j'aurai très bien pu venir saoule et toute nue, ça n'aurait visiblement rien changé...

20.09.2007

Episode 10 : nous vous devons plus que la lumière

Hier, premier entretien au cabinet de recrutement pour le CFPC.
Le courant passe bien, on me rappelle pour une autre session avec mon peut-être futur chef, le lendemain (donc aujourd'hui).

La veille (le 19, donc, après mon premier entretien.. ça va, vous suivez toujours?), une charmante dame de Manpower m’a appelée et m’a demandée si j’étais intéressée par une mission d’intérim dans un service formation. La mission ? Elle ne m’en dit pas plus, juste qu’il faut maîtriser excel et que c’est mal payé 1700 euros brut. C'est de la description de poste ou je ne m'y connais pas ! Elle se renseigne sur mes recherches en cours, s’étonne que je sois intéressée par de l’intérim si je suis sur la piste fumante d’un CDI non moins fumeux et manque de s’étrangler lorsque je lui annonce le salaire habituel que je négocie (bin, si ça te choque, fallait pas poser la question, choupette). Bon, j'avoue je suis moyen emballée par son offre, c'est que du back up pour me rassurer pour l'entretien d'aujourd'hui (un jour j'expliquerai la théorie du Fake date). Mais je prétends effrontément le contraire. Rassurée sur ma « motivation », la dame promet d’envoyer mon CV à son mystérieux client et on se quitte bonnes amies.

Ce matin, entretien au CFPC. Le monsieur sort de son bureau pour m’accueillir, le moment de vérité, celui où on découvre son peut-être futur chef, un peu comme à Tournez Manège. Olaaaa. C’est pas que j'ai toujours bossé avec des top-model, mais quand même. Un petit truc rabougri qui doit fumer ses deux paquets de Camel par jour, facile, me fait face. Et il a pas l’air du genre méga drôle.

Néanmoins, l’entretien se passe plutôt bien, même que je dis pas de bêtise. Parfois même, je pose des questions visiblement pas idiotes puisque je vois le regard morne de mon interlocuteur s’allumer (peut-être pense-t-il simplement à sa prochaine pause clope)

Au bout de l’heure réglementaire, je vois bien qu’il essaie péniblement de trouver une conclusion sans y arriver vraiment, et comme je suis d’humeur très urbaine ce jour-là, je l’y aide en demandant le profil des autres candidats sur le poste. Il élude la question et m'explique que je suis la première qu’il rencontre (on dit toujours ça) qu’il va en voir d’autres cette semaine et celle d'après suite à quoi il constituera sa short list. Les heureux gagnants auront le droit de rencontrer un élu de l’ordre des experts comptables pour un dernier et ultime round. Ouais !!!! Si j’en suis, j’aurai le droit de demander une photo dédicacée, aussi ?
A la place, il me propose plutôt de faire le tour des bureaux. Me montre le futur-potentiel mien : un genre de petit truc tout seul entre le micro-onde et l’atelier de repro… Mmmh, vais bien rigoler, à cet endroit dis-donc…
Mission accomplie, je peux rentrer glander chez moi.
Hé bien non, la journée n’est pas finie…Un message m’attend sur mon portable :
« oui, bonjour monsieur Lesaint d’EDF-GDF… »
Allons bon ! On va encore chercher à me fourguer une visite de sécurité contrôle de mes installations !
« je vous rappelle concernant la mission d’intérim, merci de me contacter au… »
ha bah dis-donc, ça n’a pas traîné ! Pas le temps de le rappeler il le fait à ma place et là, j’ai senti que ce brave homme était un peu… hum, comment dire… très-très-très stressé.
- Heuu, oui, j’ai cherché à vous joindre ce matin, mais c’était sur répondeur, attaque-t-il rudement.

Ah d’accord, on n’en est même pas à notre premier rencard et tu me fliques déjà ? Mmmh, je sens que nous sommes vraiment fait pour nous entendre, toi et moi !


- Oui, c’est exact, je n’étais pas là ce matin.

- Ah bon, heu, parce qu’en fait, le responsable aimerait vous rencontrer avant de commencer. Cet après midi, vous êtes disponible ?

Bon, là, faut être honnête : je sors d’entretien, je me sens pas de remettre ça aujourd’hui. Et puis j’aime pas qu’on me presse, je suis pas à ta dispo, mon gars, si t’es speed c’est de ta faute, fallait mieux t’organiser, moi, j’ai plein d’autres trucs de prévu cet après midi. Je lui propose donc plutôt demain ou un autre jour la semaine suivante.

- Le problème, c'est que la mission devrait théoriquement commencer demain, et bon... le responsable sera en réunion…
Je marque un léger silence surpris. Alors déjà, toi, quand tu prévois de faire commencer une mission d'intérim le vendredi (et déjà...) tu commences seulement à lacher les chiens le mercredi ? Woaow... ça c'est hyper pro ! Et en plus, tu voudrais que je plante tout pour te sauver la mise ?
- Ecoutez, ce qu’on va faire c’est que vous allez commencer demain, et quand vous serez à l’accueil, vous… bin vous m’appelez, j’essaierai de venir vous chercher.
Non mais ça va pas ou quoi ? J’ai encore jamais vu ta tête et tu proposes déjà le pacs ? et y’a des gens qui te disent oui ? Vraiment ??
- Hum, en fait, je préférerais quand même rencontrer l’équipe avant de commencer, parce que, jusqu’ici, les détails de la mission sont très très flous, je sais juste qu’il s’agit de remplacer quelqu’un dans un service formation et que je dois maîtriser Excel, mais c’est un peu léger pour me faire une idée concrète du poste et si je peux l’occuper efficacement.
Tu saisis la différence gros nul ? tu y a pensé que j’étais peut-être une abrutie qui n’avais jamais été en quatrième et que ce serait sûrement plus malin de vérifier si j’ai pas tout pipoté sur mon CV avant de m’ouvrir ta porte ?
- Ah oui. Bon on va dire que vous venez quand même demain à 9h, on tachera de vous faire rencontrer quelqu’un pour tout ça, et puis moi, je vais rappeler le responsable pour voir comment on peut faire.
- D’accord, faites donc plutôt ça.

Ça n’a pas traîné, une dizaine de minutes plus tard, on me rappelle pour me dire que bon, finalement, on va plutôt partir sur un entretien, demain, et ce sera à 10h.

Ce brave garçon a dû se faire mettre une pression d’enfer pour trouver quelqu’un très vite et s’est repris un autre coup de pression dans l’autre sens pour m’avoir dit que je commençais directement le lendemain. Tout ceci part vraiment très bien, je sens qu’il y a un énorme potentiel de rigolade…

17.09.2007

Episode 8 : charogne expert comptable is back

Fut un temps, à l'époque des mes trèèèès brillantes études, non-contents de me surnommer complètement injustement "charogne" (certes, j'aime les mises à mort, mais pas les cadavres, c'est encombrant et puis ça sent mauvais) mes petits camarades, devant mon talent incontesté pour la compta, m'avaient ajouté un autre titre de noblesse "l'expert comptable". Oui, oui, on m'avait même fabriqué une très jolie casquette à cette effigie, et c’est noté sur mon PCG. Aussi, mon plus grand regret dans la vie, vous l'imaginez tous, c'est d'avoir plutôt pris option marketing à la place de compta à l'école (me suis trompée de case), de n'avoir jamais pris le temps de passer le DECF, et de n'avoir pas embrasser la magnifique carrière de comptable-un-métier-sûr-et-bien-payé.

Voilà, moi je voulais passer des écritures toute la sainte journée, 512 : banque, 416 : clients litigieux 1423 : provisions pour reconstitution de réserves minières et pétrolières (si, si, ça existe) 2185 : cheptel, tout ça...
Non, à la place j'ai échoué chez les gros rats d'affaires, à pondre des programmes sur la gestion des compétences de l'an 3000 et à faire semblant de m'enflammer pour les dernières jurisprudence de la cour de cass' et discuter avec passion des dernières tendances syndicales avec mes potes consultants.

Mais le destin m'a rattrapée, et il était temps...
Oui, oui, pas plus tard que la semaine dernière, un cabinet de recrutement m'a appelée, pour me demander si un poste de responsable pédagogique m'intéressait. Et pour quelle magnifique boite ? Je vous le donne en mille !
Le CFPC, le Centre de Formation des Professions Comptables, organisme qui assure la formation des experts comptables et autres petits commissaires aux comptes, alias les CAC. Hmmm... j'en salive d'avance.
Un entretien est programmé pour le 19 septembre et, peut-être, qui sait… Mes très bons souvenirs du PCG me sauveront la mise…
Ce sera un rêve qui se réalisera enfin : vivre au cœur de la compta, en côtoyer les plus grands experts tous les jours, et même mieux, leur concocter des petits programmes pour les rendre plus forts, plus géniaux, tout simplement plus experts-comptables...
C'est beau.
Mais ce qui l’est encore plus, de beau, ce sont les caractéristiques/compétences que je dois posséder pour prétendre accéder au trône tant convoité. Attachez vos ceintures, ça décoiffe.

- H/F : jusqu'ici, tout va bien. Même si rien n'est jamais complètement définitif en ce bas monde, je suis dans les clous dans un cas comme dans l'autre et c'est même sûrement la première fois depuis deux ans que je remplis un objectif. J'aime.
- Bon communicant : ... hmmmfr... qu'est ce que c'est donc ? Naon, parce que l’humour un peu grinçant, genre je taille l’air de rien, je suis pas sûre que ça passe, dans mon souvenir, les comptables, c’est pas le second degré qui les étouffe. Faudra donc que je sois plutôt genre fayotte et politique ?
- Leadership naturel : déjà que j’ai du mal à négocier la coupe de cheveux que je veux chez le coiffeur, je voudrais pas dire, mais ça sent pas bon, cette histoire de leadership. En plus, j’aime pas prendre les décisions et m’imposer, du coup, si ça plante c’est de ma faute, et les responsabilités, c’est nul.
- Automotivé : ouaouh. ça c'est beau,  si j'étais encore CPette chez les gros rats je le mettrais dans un titre. Mais ce que ça recèle est beaucoup plus moche : "chacun pour sa gueule et la mienne passera en premier" ou "si t'as un problème, n'essaie pas d'en faire le mien, ça m'intéresse pas, démerde toi". J'aime ces ambiances de travail où on se sent appartenir à une équipe soudée et dynamique, je sens que ça va me rappeler de bons souvenirs...
- Sens de l’organisation et de la hiérarchisation : oulalalah, on commence à parler des sujets qui fâchent vraiment pour de bon. Organisation ? Connais pas. Hierarchisation ? Heuuu, j'ai un respect innée de la hiérarchie, ça, c'est évident, c'est la seule qualité des petits derniers, mais si on parle de celle qui s'affecte à la priorisation des tâches, là, ça va être plus dur, j'y peux rien si ch'uis bordélique, c'est pas pour rien que j'ai jamais été expert comptable, crénom !
- Bonne qualité d’expression orale : vue ma dernière prestation à l'atelier APEC on a toutes les raisons d'en douter. Mais bon, fut un temps, j'étais méga forte en réunion pour poudrer les malotrus et autres grandes gueules mais laisser entendre à un expert comptable, même à mot très couvert, que c'est un jambon qui n'a jamais eu son DECF peut-il être considéré comme une qualité d'expression orale ? Hmmm... pas sûr...
- Bonne qualité rédactionnelle : s'il s'agit de raconter mes histoires pour faire rire la galerie, sans problème, mais sinon, j'ai quand même un gros problème de synthaxe et d'aurthaugrappfe, si, si, c’est un des nombreux défauts de la grande œuvre, y parait.
- Curiosité, sens de la synthèse : Curieuse, moi ? alors que j'aime pas le gens ? quelle blague ! sens de la synthèse ? alors que je sais pas faire un post qui soit pas interminable, un roman qui ferait pas moins de 200 pages, un reporting dont les commentaires dépassent pas des cases ? houuuu, je doute.
- H
umilité : celui-là, c'est mon préféré.  Humilité ? Et puis quoi encore ?! non, je suis une petite conne qui s'y croit, et je le vaux bien.
- Fiable, honnête, transparent dans le reporting : de mieux en mieux. Fiable ? bin ça dépend pour quoi faire, parce si on doit faire des reporting chiffrés, c'est mieux de pas compter sur moi, vu que je lis 10, pense 23 et écris 45. Transparent dans le reporting. Si on est encore en train de parler de mes qualités de synthèse, là, je vais commencer à me fâcher. Et si on me demande enfin de dire "on fera pas les chiffres cette année parce qu'on est des gros nuls qui entubons le client depuis trop longtemps", sans problème, ça fait longtemps que j'en rêve !
- Anglais courant impérativement : regarder bouffy contre les gros vampire en V.O., ça compte ?

Allez, le petit dernier pour la route. Mon plus grand challenge, si je suis recrutée dans cette boite ?
"Réussir mon intégration dans une équipe soudée dont l'âge moyen est de trente-cinq ans"... Si ça représente un défi de taille au point de le mettre dans la fiche de poste, c'est que ça doit franchement être top la bonne ambiance... J'ai hâte de les rencontrer, moi, ces gens...

14.09.2007

Episode 9 : usurpation d'identité

Dans les cabinets de recrutement aussi, on demande aussi aux stagiaires de bosser. Si, si.

C'était l'heure de ma pause. alors j'ai décidé de glandouiller tranquillement avec mon café en bouquinant. C'est pas parce qu'on est chômeur qu'on n'a pas le droit de se détendre, d'abord...
En plus, ce matin, me suis farcie des pages et des pages de corrections sur la part I de la grande oeuvre, j'ai besoin d'un peu de calme, là...
Voilà, tout se passe bien, je profite de ce petit moment de calme bien mérité, quand, boum, coup de téléphone… Allez donc ! Sur le fixe, c’est encore un de ces appels de télémarketeurs casse-bonbon, foutez-moi la paix !!! Je fais une pause, c’est pas pour vous parler, bande d’abrutis !

Bon, d’accord, je suis pas très forte en rébellion, et puis je crois toujours au père Noël (un nouveau recruteur qui va me supplier d’aller passer un entretien), alors je décroche quand même.
- Dubois Julie ? interroge une voix féminine.

Bingo ! jackpot ! En plus sont même pas foutu de lire correctement sur l’ordinateur, c’est DUBOS et pas DUBOIS ! Je crains le pire, concernant l’objet de l’appel… Alors, qu’est ce que ça va être, cette fois ? Les cuisine Vogika ? Un super sondage pourri ? un abonnement à Bouygue télécom ? L'autre grosse qui estime maintenant que j'ai assez cogité sur ma honte d'être célibataire et accepte finalement que j'aille chercher mon "cadeau" ?

- Oui ! soupire-je de fort mauvaise humeur, déclenchant mentalement le minuteur… Combien de temps va-t-il me falloir, cette fois pour me débarrasser de l’opportun ?
- Bonjour ! Cabinet de recrutement machin truc…
ouuuuup’s ! boulette !
- Ooooouuuuiiiii ? reprends-je sur un ton bôôôôcoup plus aimable tout à coup
- Dis donc, j’ai dû faire les pages jaunes pour vous retrouver !

Je reste interloquée. Ça c’est de l’entrée en matière. Toi ma grande, je sais pas encore quel poste pourri tu vas me proposer, mais je sens que ça va être gratiné… Du coup, pour faire bonne figure, je me contente de ricaner poliment et de me soucier un peu de son problème :

- Ah bon, comment ça ?
- Eh bien votre numéro ne fonctionne pas…
- Vous avez appelé sur mon portable ?
- Oui et ça ne marche pas.
- C’est très étonnant, parce que j’ai passé plusieurs coups de fil ce matin (et notamment à certains de vos confrères qui eux n’ont pas écorché mon nom, pense-je perfidement) en ai reçu cet après midi, et je n’ai eu aucun problème…
- C’est peut-être moi qui me suis trompée dans la numérotation, alors… vous savez ça arrive… hihihi


De quoi ? d’être idiote au point de se tromper vingt fois dans la composition d’un numéro ou de mal s’annoncer quand on appelle quelqu’un pour le débaucher ou bien de pas savoir lire un p… de nom de famille ? Je préfère, ne pas répondre à ça et j’attends patiemment qu’elle annonce la couleur. Vu la façon dont l’entretien a débuté, je sens qu'on va vraiment bien se marrer.


- Donc, Julie DUBOIS.

- Non, DUBOS, reprends-je un peu sèchement (j'en ai marre qu'on écorche joyeusement mon nom depuis 28 ans, c'est fini, je tolère plus !)
Petit blanc interloqué au bout de la ligne.
- Ah bon ? Moi j’ai Dubois
- C’est possible, mais je ne m’appelle pas comme ça.
- Mais les pages blanches…
- Je suis au nom de DUBOS, D, U, B, O, et S, pas de i.
- C’est bizarre… heuuu, mais… non, j’ai vraiment DUBOIS, responsable grand compte à la national Tobacco ?
Là, je ne peux retenir un léger rire.
- Non, pas du tout, vous faites erreur.
- … Vous êtes sûre ? Vous n’êtes pas commerciale dans le tabac ?
Là, j’éclate carrément de rire. C’est la meilleure ! Bien sûre que si, et puis à mes heures perdues, je deal de l’alcool de patate, aussi.
- A 100%, oui, je m’en souviendrais, sinon.
- Et… (petite voix implorante) vous ne seriez pas commerciale, par hasard ?
Deuxième éclat de rire.
- Non plus, désolée !

Là, quand même, je suis un peu interloquée. Bon, qu'elle ai le mauvais CV et se trompe, ça arrive... Mais qu'elle ai un CV, recherche la personne sur les pages blanches sans réaliser que c'est pas le bon nom, pas la bonne adresse... ouaou, ça c'est fort. J'en ai souvent fait des boulettes d'idiote encore bourrée de la veille au temps des gros rats d'affaire, mais à ce point, jamais... Y'a vraiment des gens super bon en cabinet de recrutement... Ou alors des stagiaires vraiment démotivés qui n'ont jamais été en quatrième.

12.09.2007

Episode 7 : les dangers des atelier APEC

Après la peau de vache, j'ai à nouveau renoué avec mes bonnes vieilles habitudes : le pas de bol flagrant, la petite blague qui tourne à la grosse farce sanglante. 

Pour compléter ma formation en recrutement, j'avais signé pour un autre atelir : "l'entretien de recrutement". Bon en vrai, quand j'ai accepté les deux, je ne me doutais pas que le premier serait si mortel, sinon, j'aurai certainement beaucoup plus hésité...

J'avais donc rendez-vous pour un atelier APEC, de 14h à 18h, sur l'entretien de recrutement. 
12h00 : il serait peut-être temps de s’habiller, il parait que cela se fait avant de sortir (quelle idée)
13h05 : y'a plus qu'à mettre les touches finales, genre choisir des pompes assorties au reste de la tenue (c'est mieux) et un sac en respectant le même cahier des charges (trop de gens ignorent ce détail capital : la cohérence dans les accessoires c'est primordial) Le choix est vite fait et je me félicite : pour une fois je n'ai pas eu à démonter mon placard à chaussures pour trouver celles qui iront bien et j'ai mis une seconde à choisir mon sac. Enfin prête, je rassemble mes petites affaires, vérifie qu'il ne me manque rien, tout est sous contrôle, je file.
13h35 : J'arrive à la station de métro. Alors que je descends les escaliers, le dernier Muse vissé sur les oreilles, je prends soin de négocier ma descente avec précaution. C'est que ces chaussures, tout assorties soient-elles ne sont pas super stables, finalement. C'est étonnant, j'ai déjà mis des choses plus hautes avec un talon plus fin sans sourciller, pourtant... Voilà la confirmation que je perds mes bonnes habitudes. C'est mal. L'espace d'une seconde, je me dis "tiens, ce serait drôle si je faisais un roulé-boulé dans les escaliers et me fendais le crane, au moins, j'aurai plus à chercher du travail".
Une demi seconde plus tard, je sens que je perds l'équilibre, je cherche la rampe pour me rattraper, mais manque de bol, elle bien trop loin pour m'être d'un quelconque secours.
Juste avant mon atterrissage forcé deux marches plus bas je me demande si quelqu'un est derrière moi et va pouvoir profiter du splendide spectacle à représentation unique que je vais donner rien que lui ou elle ou eux.
Et question spectacle, je pense que c'est une de mes meilleures prestations et pourtant, des gamelles, j'en ai performé des milliards, déjà.
Une fois stabilisée, par terre, je prends quelques secondes de plus pour réaliser ce qui vient de se passer. Normalement, dans ces cas là, je rigole toute seule, d'une parce que comme beaucoup de gens, tout est bon pour donner le change quand on vient de se ridiculiser en tombant, et de deux parce que les chutes, c'est un grand classique du genre, ça fait toujours rire, je serai mal placée pour faire du snobisme humoristique quand même.

Là, non, je rigole pas du tout. Parce que  :
1) j'ai super méga mal à la cheville et j'ai la pénible impression que je peux pas la bouger
2) mon tailleur est déchiré aux genoux, avec un peu de sang pour compléter le tableau
3) j'ai vraiment super vraiment méga trop mal à la cheville et habituellement, je suis pas une mauviette et après une deuxième vérification, non je peux pas la bouger
4) j'ai l'air d'une vagabonde, là, et ça va être dur de rester crédible pendant cet atelier vu ma dégaine.
Péniblement, je me remets debout, regarde si quelqu'un m'a vue... personne... ramasse mes affaires éparpillées au moment de la chute en oubliant volontairement au passage de récupérer ma dignité, de toute façon, je crois qu'il en reste plus grand chose, là.

Que faire ? J'y vais quand même ? De quoi j'aurai l'air en me pointant à cet atelier en clopinant avec un tailleur déchiré et certainement une tête de folle défoncée au crack ? C'est que, mazette, je suis souvent tombée, mais là, je me suis un peu fait une grosse frayeur. J'hésite et finalement décide d'en rester là pour aujourd'hui, j’ai mon compte

Le bilan de cette splendide journée ?
1) Cette fois, j'ai fait plus fort que d'habitude, puisque j'ai quand même réussi à me faire une petite entorse et surtout, bôôôôcoup moins amusant : me voilà interdite de talons (et si, sait-on jamais, par un miracle quelqconque je déniche un entretien, cela veut dire que j'ai le droit d'y aller en sket'ba ? ouaiiis !)
2) J'ai gagné quelques semaines de traitement aux anti-inflammatoires (vais enfin pouvoir me droguer, c'est la classe) et un bandage à mettre pour faire comme si j'était vraiment très blessée beaucoup.
3) J'ai enfin compris un truc super fondamental : pourquoi il y toujours, dans les escaliers du métro, un genre de "pallier" entre deux grandes volées de marches. Juste histoire de permettre aux maladroites dans mon genre de pas se tuer en dégringolant tous les escaliers. En fait, ils sont pas si idiots à la RATP...

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